« On ira tous au paradis » est la chanson à succès de Michel Polnareff qui popularisa l’idée qu’il n’y a ni paradis ni enfer, que tout le monde se retrouvera dans l’au-delà. Dans ce contexte, il est encore difficile de parler de châtiment éternel et « nous [les chrétiens] risquons de craindre la désapprobation générale : souvent on soupçonne les défenseurs de la doctrine traditionnelle [du châtiment éternel] de souhaiter l’enfer aux autres. »[1]
Parler de l’enfer au XXIè siècle, c’est clair, ça craint.

Pour la personne extérieure au christianisme, l’enfer parait incompatible avec l’amour infini du Dieu biblique : « je ne peux pas croire en un Dieu d’amour qui voudrait envoyer des gens en enfer. » Nous restons tous évidemment extrêmement sensibles au problème que pose l’enfer pour la solidarité humaine. « Mais pourquoi si je le rejette, le Dieu d’amour me laisserait-il crever la bouche ouverte ? » est la question à laquelle nous allons tenter de répondre.

Y a-t-il conflit entre l’amour et la justice divine ?

S’il est vrai que le christianisme nous parle d’un Dieu d’amour qui a offert son Fils pour donner la vie éternelle aux hommes[2], il présente aussi un Dieu saint[3], qui ne supporte pas le mal, un Dieu qui est justice, qui ne peut laisser le mal des hommes impuni[4].
Notre monde est imprégné de cette notion de justice. Sur terre, il n’existe aucune autre créature à part l’homme qui se pose autant la question de la justice et de la souffrance. L’idée de justice est en parfaite harmonie avec ce qui fonde notre être : nous sommes des êtres moraux qui ne supportons pas de voir le malheur s’abattre sur notre semblable. Pour reprendre les mots du philosophe Luc Ferry :

Comme tout un chacun sans doute, tu ne peux t’empêcher de penser, pour prendre un exemple parmi mille autres possibles, que les militaires qui ont ordonné le massacre des musulmans bosniaques à Srebrenica sont des véritables salauds. Avant de les tuer, ils se sont amusés à leur faire peur, à tirer à la mitraillette dans leurs jambes, à les obliger à courir avant de les abattre. Parfois, ils leur ont coupé les oreilles, ils les ont torturés avant de les achever. Bref, je ne vois pas comment dire et penser autrement qu’avec des mots comme celui que je viens d’employer : ce sont des salauds. » [5]

Comment Dieu pourrait-il laisser impuni les crimes des hommes s’il est justice ? L’idéal de justice prend une place tellement importante que nous souhaitons que tous aillent au paradis sauf Hitler, Marc Dutroux, les terroristes du 11 septembre 2001 etc. …
Cependant, pourquoi Dieu enverrait-il certains hommes que nous jugeons mauvais en enfer et d’autres non ? Sur quel fondement Dieu se base-t-il pour décider si tel homme va en enfer ou pas ?
Le christianisme enseigne que tous les hommes, sans exception, ont manqué le but que Dieu nous avait assignés : vivre dans sa glorieuse présence. La créature s’est volontairement rebellée pour se libérer de son Créateur. Mais sa libération est aussi la source de sa condamnation. Et le prix de la désobéissance est le châtiment éternel. Comment le juge a-t-il réagi face au verdict ?
Pour respecter sa Parole : « le salaire du péché, c’est la mort[6] » mais aussi pour pardonner sa créature rebelle, le juge de ce monde a pris la place du condamné et s’est fait clouer sur une croix. Par les souffrances et la mort de Jésus-Christ, nous voyons la justice de Dieu et son inflexible sainteté s’appliquer sur un innocent mais aussi la preuve de son amour pour l’humanité perdue. L’illustration que nous pourrions prendre est celle d’un juge qui voit comparaître son enfant devant son tribunal. Après avoir étudié son cas, il décide que son fils est coupable. Cependant, s’il condamne son fils, il est fidèle à sa justice mais infidèle à son amour. S’il l’acquitte, tout en sachant qu’il est coupable, il est fidèle à son amour mais infidèle à sa justice. Pour résoudre la tension, il n’a pas d’autres choix que de condamner son fils et de descendre de sa place de juge pour subir la condamnation à place de son enfant. « Ainsi la justice de Dieu n’est pas en contradiction avec son amour, elle inclut celui-ci. Son amour n’est pas non plus opposé à sa sainteté qui l’oblige à juger le mal. »[7].

Qu’en est-il de ceux qui refusent son pardon ?

«Dieu ne peut-il pas faire de tous les hommes des rachetés ? » En ce qui concerne le salut universel[8], les indices bibliques en faveur de cette hypothèse sont introuvables. De notre point de vue, la question du salut universel reste un mystère et nous aimerions ici faire une remarque : Dieu nous a créés responsables de nos actes et de nos choix ; l’histoire montre que des hommes ont clairement refusé Dieu dans leur vie. Svetlana Staline rapporta un jour à la BBC que son père Staline alors qu’il était sur son lit de mort en proie à des hallucinations, se redressa soudainement, dressa le poing vers le ciel encore une fois et retomba mort sur son oreiller. Ce poing fut le poing dirigé contre Dieu.[9] Si nous poussons un peu plus loin la logique du Dieu qui sauverait tout le monde sans aucune condition, on pourrait se demander : comment le Dieu d’amour pourrait-il forcer des gens à vivre éternellement avec lui dans ces circonstances ? Cela s’apparenterait à un viol.

Comment puis-je être sauvé de la condamnation éternelle ?

« Croyez au Seigneur Jésus-Christ qui est mort pour les péchés des hommes et qui s’offre à vous maintenant comme votre Sauveur.[10] » Sans le don gratuit de Jésus-Christ, l’enfer est notre juste rétribution. Aussi dure que peut paraître la doctrine du jugement et de l’enfer, elle nous montre combien l’œuvre d’amour et de grâce que Jésus a accompli est brillante et époustouflante. En acceptant de mourir sur une croix, suspendu entre ciel et terre, Jésus-Christ a permis la réconciliation entre Dieu et sa créature. Que répondrez-vous face à une telle preuve amour ?

Addendum: Cet article a été publié par Message Essentiel.

[1] Henri Blocher, La doctrine du châtiment éternel, Ichtus, avril 1973, n°32, p3
[2] Jean 3 :16
[3] Esaïe 6 : 1-7
[4] Psaume 51 : 4-6
[5] Luc Ferry, Apprendre à vivre, Paris, Plon, p257
[6] Romains 6 :23
[7] Ulrich Parzany, A la découverte du Dieu d’amour, Paris, 7 ICI éditions, p47
[8] c’est-à-dire que Dieu sauve tous les hommes
[9] Cité d’après le livre de Ravi Zacharias, L’homme peut-il vivre sans Dieu ?, Marne-la-Vallée, éditions Farel, p 40
[10] Actes 16 : 31 reformulé d’après le livre de James Packer, L’évangélisation et la souveraineté de Dieu, Mulhouse, éd. Grâce et Vérité, p67