Toutes les religions mènent-elles à Dieu ? (2)
On me reproche souvent que d’annoncer l’exclusivité de Christ pour conduire l’homme à Dieu est une marque d’intolérance dans une société pluraliste. Certes, en affirmant la véracité d’une assertion vous excluez, par conséquent, son opposé. Or, il nous faut faire une distinction entre le pluralisme de fait – il y a plusieurs religions dans notre pays – et le pluralisme idéologique qui tend à disqualifier la Vérité au profit de « à chacun sa vérité ».
Le relativisme n’est pas un problème interne au christianisme. En effet, celui-ci est né dans le pluralisme religieux et aujourd’hui ce même pluralisme religieux réapparaît :
L’émergence du pluralisme religieux est davantage lié au déclin de l’idée de connaissance universelle prônée par le Siècle des Lumières qu’à des difficultés internes au christianisme. Or on assiste à une tentative de détourner l’attention du public de l’échec de la vision du monde véhiculée par le Siècle des Lumières pour lui faire croire que le pluralisme religieux représente une nouveauté, un défi incontestable lancé au christianisme lui-même. [1]
La notion même de religion est très difficile à définir. La définition sera forcément très imprégnée d’une culture à l’autre, et on note une volonté affichée de vouloir réduire toutes les religions au même phénomène de base.
Dans une société pluriculturelle de fait, il serait préférable de croire que toutes les religions se valent et donnent une interprétation du sens de la vie : « Toutes les religions mènent à Dieu ! » Mais comment concilier cette déclaration avec le fait que des religions se veulent explicitement athées (exemple : le bouddhisme dans sa forme originale) ? C’est proprement absurde et aucune religion n’accepte ce nivellement.
Observez ces deux séries de trois assertions :
Trois vérités Theravada Bouddhistes :
- Bouddha seul est la révélation suprême de la réalité spirituelle
- Bouddha enseigne que la foi en Dieu ou dans les dieux n’est pas importante pour une libération spirituelle et qu’elle est probablement nuisible
- L’enseignement de Bouddha devrait être suivi par tous
Trois vérités chrétiennes :
- Christ seul est la révélation suprême de la réalité spirituelle
- Christ enseignait que la foi engagée en Dieu est essentielle pour une libération spirituelle
- L’enseignement de Christ devrait être suivi par tous (d’après Dr Douglas Groothuis : Some problems with pragmatism)
Les trouvez-vous compatibles ?
Si j’étais né …
« Si j’étais né en Arabie saoudite, je serais sûrement musulman ! » Sur la base de cette observation, les religions seraient toutes des chemins valables qui mènent à la vérité. La vérité serait alors fonction de la naissance. Selon vous, la proposition « des peuples différents ont des religions différentes » implique-t-elle forcement la proposition « donc toutes les religions se valent » ? Aucune discipline intellectuelle n’accepterait une approche de la vérité aussi superficielle. Pourquoi l’acceptons-nous dès qu’il s’agit de religions ? [2]
Le supermarché religieux
Aujourd’hui, beaucoup de personnes affirment qu’elles croient en « dieu ». Mais il est intéressant d’entendre ce que chacun met derrière le vocable « dieu ». « Je vais étudier toutes les religions et piocher ce qui me semble être vraie dans chacune d’entre elle. » me disait récemment une amie. On ne peut s’empêcher de songer à des caddies au supermarché [3] : chacun met ce qui veut derrière le mot « dieu ». Ainsi, vous n’aurez jamais deux définitions identiques tout comme vous n’aurez jamais deux caddies identiques au passage à la caisse.
Le souci de cette approche de la vérité, c’est qu’elle prend racine dans le libéralisme occidental, et qu’elle est fondamentalement rejetée par d’autres (les orientaux notamment).
Steve Turner ironise à ce sujet dans son poème satyrique Creed (Credo de l’homme postmoderne) :
Nous croyons que toutes les religions
Sont fondamentalement semblables,
En tout cas celle que nous avons lue l’était.
Elles enseignent toutes l’amour et la bonté.
Elles ne diffèrent qu’à propos de la création,
Du péché, du ciel, de l’enfer, de Dieu et du salut. [4]
Le problème de l’homme quand il tente de s’approcher de Dieu c’est qu’il se heurte à un mur. Nous le voyons, à ce stade, il est bien difficile de se faire une idée de qui est Dieu. C’est pourtant le but de notre recherche en tant que croyant. Si les religions présentent toutes des divergences sur le nombre, la nature et les attributs des divinités, la foi chrétienne insiste sur la nécessité d’adorer un Dieu qui a décidé de se révéler lui-même.
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[1] Alister McGrath, Jeter des ponts, Québec, éditions La Clairière, p 144
[2] Alister McGrath, Jeter des ponts, Québec, éditions La Clairière, p146
[3] Comme l’illustre Ulrich Parzany, A la recherche du Dieu d’amour, Paris, 7 ICI éditions, p14
[4] Steve Turner, biographe et journaliste, Creed, cité d’après L’homme peut-il vivre sans Dieu ?, Ravi Zacharias, Marne-la-Vallée, éditions Farel, p 40