Démarrer avec le poison …
« Tu crois en Dieu : c’est bien, moi, je n’y crois pas ; et c’est aussi bien. »
Nous avons tous déjà entendu cette phrase, n’est-ce pas ? On ne juge pas, on est tolérant, pluraliste, ouvert d’esprit. Mais c’est aussi désespérément superficiel et très illogique.
Le fait que Dieu existe ou n’existe pas n’est pas juste une affaire d’opinion. Logiquement, si Dieu existe, il devrait être l’Etre le plus important de notre univers. L’ignorer serait alors comme enlever la pièce centrale d’un puzzle, pourtant attendue et espérée, pour qu’il ressemble à quelque chose.
Qu’implique réellement la perte de Dieu dans notre culture ? Quel est le prix de « la mort de Dieu » dans notre société contemporaine ?
Nous commençons déjà à voir le produit de ce rejet dans notre quotidien. Notre société qui dans les années pré-68 vivait encore sur les fondements du système de pensée du christianisme, s’en écarte peu à peu et sombre dans l’agonie.
La mort de Dieu signifierait-elle la mort de l’homme ?
Le taux de suicide des jeunes est en hausse, la France est le pays qui consomme le plus grand nombre d’antidépresseurs, insatisfaction permanente, on ne sait plus qui a raison ou qui a tort … Les conséquences de notre rejet de Dieu émergent à plusieurs niveaux : crise de l’identité, crise du sens de la vie, crise en matière d’éthique et de moralité, …
Notre âme soupire inlassablement à quelque chose de plus important.
L’identité sans Dieu
Qui je suis ? Quelle est ma valeur ? Est-ce que j’en ai une ?
Si nous croyons en Dieu, alors nous avons de solides fondations pour croire en notre propre valeur. En effet, même si parfois on peut en douter, c’est logique : nous savons que nous avons de la valeur grâce à Dieu, nous sommes énormément aimés, au point que le Père a envoyé son propre Fils pour mourir à notre place sur la croix. De plus, nous pouvons nous regarder dans le miroir et savoir que, malgré nos fautes, nos erreurs et nos faiblesses, chacun d’entre nous est une personne unique d’une valeur unique parce que voulue par le Créateur de l’univers. C’est parce qu’une œuvre a été peinte par Picasso qu’elle a de la valeur, à plus forte raison avons-nous intrinsèquement une valeur inestimable parce que nous avons été fait par un Dieu unique. « Maintenant, l’Eternel, qui t’a créé, ô peuple de Jacob, et qui t’a façonné, ô Israël, te déclare ceci : « Ne sois pas effrayé car je t’ai délivré, je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi. » » (Esaïe 43.1) Donc, les chrétiens ont d’excellentes raisons de croire en leur propre valeur.
Mais à présent, nous avons appris que tout ceci est un mythe, et nous ne sommes rien de plus que le produit d’un processus aveugle et arbitraire. Cela a commencé il y a des millions d’années on ne sait pas comment, au moment où l’univers n’était qu’un petit pois, et c’est encore vrai aujourd’hui sous le soleil. Que dirons-nous donc ? Le matérialisme nous conduit à traiter l’homme comme un objet, il n’est finalement pas différent d’une chaise ou d’un rocher. C’est vrai, nous pouvons marcher et parler, mais fondamentalement cela ne change pas grand-chose à ce que nous sommes vraiment : des objets dans un univers vide et dépourvu de toute valeur, les pièces d’une machine cosmique. Ni désirés, ni voulus. Juste un grain de sable dans un système clos.
D’où détenons-nous notre valeur s’il n’y a pas de Dieu ? La question n’est pas juste une réflexion philosophique ; elle a un sens dans une culture qui nie de plus en plus notre valeur. Le marché de l’emploi montre que les personnes sont justes regardées comme des gens qualifiés, compétents, peut-être beau ou belle. Mais s’il y a juste des personnes autour de moi qui sont aussi bonnes que moi, quelle est ma vraie valeur ? Elle n’est pas intrinsèque comme dans le christianisme. Elle est une chose que je dois m’efforcer de gagner par moi-même – ou pire, je peux la perdre.
Ainsi, notre culture après « la mort de Dieu » est marquée par les pressions – et échecs – des batailles dans le but de créer notre identité et notre propre valeur.
Nous pouvons chercher notre identité et notre valeur dans le travail : « j’ai de la valeur à cause de mon travail ». Travailler pour se prouver qu’on existe, qu’on sert à quelque chose, et qu’on est quand même important. Mais cela nous laisse profondément vulnérable : la perte du travail, par la démission ou le chômage, vient signifier la perte de l’identité. Et puisque la démission n’est pas inévitable et que le chômage est réellement probable, faire de notre travail le cœur de notre propre valeur, c’est nous charger d’un fardeau qui ne peut être soutenu.
Nous pouvons chercher notre identité et notre valeur dans l’amour : « j’ai de la valeur si quelqu’un m’aime ». « Tu n’es rien jusqu’à que quelqu’un t’aime » disait Whitney Houston. Plusieurs personnes ont expérimenté le sentiment de dévalorisation que provoque la rupture d’une relation amoureuse ; même chose quand on prend un « râteau » (refus de sortir avec quelqu’un) : après tout, je ne vaux peut-être rien du tout ! Certainement que les relations positives – comme la réussite au travail – contribuent de façon importante à la bonne santé de l’estime de soi. Mais, si notre identité est centrée sur le besoin de se sentir aimé, cela peut provoquer des dommages – même quand une relation fonctionne, le risque est d’épuiser l’autre, de l’assécher et finalement de détruire cette relation : « Montre moi que tu m’aimes encore ! Prouve moi que j’ai de l’importance à tes yeux ! »
Quels autres domaines de notre culture nous permettent de créer notre estime ?
« J’ai de l’importance parce que je suis occupé, à cause de tout ce que j’ai à faire. » Nous avons vu que le « travail-addict » est destructeur.
« J’ai de la valeur parce que les gens m’aiment » mène peut-être à un genre différent de vulnérabilité et d’esclavage.
« J’ai de la valeur à cause de ma souffrance » – quand une blessure ne peut être enlevée, pardonnée ou qu’on ne peut pas s’en défaire parce qu’elle semble effectivement donner le seul vrai sens dans la vie de cette personne.
« J’ai de la valeur à cause de ce que j’apporte aux autres » parce que j’organise une fête, parce que j’ai prêté ma console de jeux vidéos, apporter mon soutien à cette personne en détresse … – même si je n’ai pas de valeur, cependant peut-être que je reçois de la valeur en apportant quelque chose.
« J’ai de la valeur grâce à mon look » – dans le miroir, j’ai le dernier jean Diesel, les dernières Reebok, ou le dernier sac Louis Vuitton.
«J’ai de la valeur par le groupe auquel j’appartiens», ainsi je ne puis couper mes dreadlocks car elles m’identifient au groupe des bab’s.
« J’ai de la valeur parce que j’ai le pouvoir ! » Je peux être rassuré parce que je peux diriger les gens de ce pays ou de cette entreprise …
Enfin, « j’ai de la valeur parce que je suis vu ou parce que je suis écouté », de plus en plus de personnes ont droit à leur quart d’heure d’existence en passant à la télévision : « je suis passé à la télé donc je suis ».
Ainsi quand on n’a plus le pouvoir, quand on n’est pas reconnu par les autres, quand on n’est plus aimé des autres, quand on n’a plus de marques, quand on n’apporte plus rien aux autres, quand on n’a plus rien à faire, que reste-t-il ? …
Nous sommes terriblement attristés de voir des jeunes se suicider parce qu’ils pensent qu’ils ne valent rien. Parce qu’en fait ils ont de la valeur ; elle est intrinsèquement liée à notre identité, en tant que créature, nous sommes aimés passionnément par un Dieu au point qu’il est venu sur la terre pour mourir sur une croix. Or, nous sommes coincés dans une souffrance autodestructive parce que nous avons rejeté Dieu. Par conséquent, il importe vraiment que Dieu ne soit pas mort.
Mais le rejet de Dieu ne signifie pas seulement la perte de notre valeur. Nous avons aussi perdu le sens de la vie et redécouvert la peur.
D’après une traduction libre et partielle de Identity after God du Dr Pete Lowman




