Dernièrement, j’ai eu le plaisir de dialoguer avec un sceptique sur un site Internet. Après avoir passé en revue quelques obstacles entre mon interlocuteur et la foi en Dieu, je lui ai demandé combien et quel genre de preuves il attendait pour croire en l’existence de Dieu. Je retrace dans cet article les grande ligne de la discussion en y ajoutant quelques commentaires et précisions.
Rationalisme
Dans son dernier livre The Reason For God, Tim Keller définit le point de vue de mon interlocuteur de la façon suivante : « (Le rationaliste présume que) personne ne devrait croire une affirmation à moins qu’elle puisse être prouvée rationnellement par la logique ou empiriquement par l’expérience. Qu’est-ce que « prouvée » signifie ici ? Dans cette perspective, une preuve est un argument si fort qu’aucune personne dotée de facultés logiques opérant normalement aurait aucune raison de ne pas croire. »1 Mais comment prouver empiriquement que personne ne devrait croire quelque chose sans une preuve empirique ? Vous ne pouvez pas. Au final, il s’agit d’une simple croyance.
Le rationaliste présume aussi qu’il est possible d’être absolument objectif. Mais aujourd’hui tous les philosophes sont d’accord pour dire que c’est impossible. Nous venons tous avec un tas d’expériences et d’arrières plans culturels et religieux différents qui influencent grandement notre pensée et la façon dont nous raisonnons. Il n’est pas juste de demander un argument que toute personne devrait croire.
Personnellement, je ne doute pas que mon interlocuteur était tout à fait ouvert à l’idée qu’on lui prouve l’existence de Dieu. Malheureusement, après évaluation des dites « preuves », il s’est avéré qu’aucune n’était valable dans son propre système de pensée. Le message qu’il envoyait était que « rien ne peut me convaincre de l’existence de Dieu » …
Les quatre preuves étaient :
- Efficacité de la prière démontrée statistiquement avec une méthodologie valable
- Démonstration d’une justice divine sur Terre
- Témoignages de défunts qui se recouperaient
- Démonstration de l’existence et de la survie d’une “âme” et message divin intelligible
Preuve #1 : Efficacité de la prière démontrée statistiquement avec une méthodologie valable
Pour mon interlocuteur, « une preuve de l’efficacité de la prière serait facile à obtenir … L’important est de s’accorder sur un protocole honnête, c’est tout à fait faisable … Il suffit de comparer la survenance d’un évènement pour lequel on prie et celle d’un évènement pour lequel on ne prie pas en excluant, par un groupe témoin, les effets placebo. »
Qu’est-ce que la prière ? Pour un chrétien, prier n’est pas seulement demander des choses à Dieu (bien sûr les requêtes ont leur place). Prier, c’est entrer en relation avec Dieu pour que notre cœur s’accorde avec le sien. Qu’entend-on par là ? Prier, ce n’est pas tenter de faire infléchir la divinité pour qu’elle réponde à notre requête. Pourtant, combien de personnes considèrent la prière comme étant une série de vœux que le génie de la lampe doit exaucer ? Dans la perspective biblique, prier c’est chercher à connaître le cœur de Dieu pour mettre le nôtre à son diapason.
Clairement, lorsqu’on parle de prière, on parle de la souveraineté de Dieu (Dieu est maître de toutes choses et en toutes choses, il a le dernier mot). Le fait que Dieu soit souverain est dérangeant pour le sceptique qui a tôt fait de comparer cela à un « essaye pas de piger, c’est divin ». Si Dieu existe et qu’il est créateur, alors nous sommes créatures. C’est bien simple, si Dieu existe alors nous ne jouons pas dans la même catégorie. L’ordre inférieur dépend du supérieur. Le supérieur ne se soumet pas au caprice de l’ordre inférieur.
Pour cette première preuve, la méthodologie ne colle pas avec l’objet de l’étude. On ne met pas Dieu dans un tube essai …
Preuve #2 : Démonstration d’une justice divine sur cette terre
Qui n’a jamais été profondément choqué par l’injustice sur cette terre ? Pour certains, le fait qu’il y ait tant d’injustices dans ce monde est une preuve que Dieu n’existe pas.
Le brillant auteur et conférencier chrétien Ravi Zacharias relate l’anecdote suivante. Alors qu’il répond aux questions des étudiants de l’université de Nottingham en Angleterre, l’un d’eux l’interrompt et se dresse brusquement à sa place. Visiblement consterné par les propos tenus par Zacharias, il lui lance: « Si Dieu existe pourquoi le mal ? »
Ravi lui demande de rester debout et lui répond : « D’accord, c’est une question importante et je veux, comme vous, y apporter une réponse satisfaisante sans abandonner la raison. Dans votre question, vous supposez que le mal existe, c’est bien ça ? » L’étudiant acquiesce. Zacharias continue : « Vous supposez donc aussi l’existence de ce qu’on appelle le bien. Vous êtes d’accord ? » L’étudiant acquiesce à nouveau. « Alors, quand vous supposez l’existence du mal et du bien, vous supposez aussi l’existence d’une loi morale pour différencier entre le bien et le mal, enchaîne Zacharias. Par conséquent, vous supposez l’existence d’un législateur moral. Autrement dit, Dieu. Mais ce n’était pas ce que vous essayez de prouver. Au contraire, c’est ce que vous essayez de réprouver. Mais si vous réprouvez l’existence d’un législateur moral, alors vous faîtes de même pour la loi morale. Sans loi morale, vous n’avez aucun moyen de différencier entre ce qui est bien et ce qui est mal. Donc pas de bien, pas de mal. Par conséquent, quelle est votre question ? » L’étudiant, livide, répond : « qu’est-ce que j’étais entrain de vous demander ? »
Cette anecdote nous éclaire sur le point suivant : pour émettre un jugement moral, vous avez besoin d’un cadre dans lequel la question du mal et de l’injustice peut valablement émerger. Or si Dieu n’existe pas alors il n’existe pas un tel cadre. Si Dieu n’existe pas, dire que telle action est bonne ou mauvaise n’est rien de plus que l’expression d’un goût personnel ou d’une préférence (tel que j’aime le bleu ou je n’aime pas les broccolis), ou bien, l’expression d’une pure convention culturelle. Par conséquent, comment pouvez-vous dire que cela s’applique partout et à tout le monde ? Pourtant, nous savons bien que violer des petits enfants est absolument injuste et mauvais que l’on soit né en Europe, en Asie ou en Afrique. De tels absolus ne sauraient être expliqués sans postuler l’existence de Dieu.
Je ne suis pas entrain d’écrire que les athées sont incapables d’accomplir une action bonne. Je ne suis pas non plus entrain d’argumenter qu’il faille croire en Dieu pour différencier entre le bien et le mal. Bien sûr, les athées sont capables d’accomplir des actions moralement bonnes. Bien sûr, ils sont capables de différencier entre le bien et le mal. Mais sur quel fondement ? S’ils sont juste le produit d’un processus aveugle, d’où vient ce sentiment que le monde est réellement injuste ?
Demander une démonstration d’une justice divine sur terre, c’est déjà postuler l’existence de Dieu. Si Dieu n’existe pas alors cette preuve ne peut subsister en tant que telle. Dans un monde peuplé d’individus sans yeux, personne n’a jamais vu le jour. Dans un tel monde, personne ne peut différencier entre la nuit et le jour. Le mot « nuit » n’a donc pas de sens. Demander une preuve de la justice divine sans cadre dans lequel la question peut logiquement émerger n’a au final pas de sens et donc échoue forcément.
Preuve #3 : Témoignages de défunts qui se recouperaient.
À ma connaissance, il n’existe qu’un seul témoignage d’une personne morte et revenue à la vie : la personne de Jésus-Christ. Quand j’ai demandé à mon interlocuteur pourquoi il refusait ce témoignage, sa réponse révélait un manque évident d’information sur la fiabilité des documents de la Bible. Pour lui, il ne faisait aucun doute que les évangiles sont des mythes, des compositions tardives « édulcoré(es), remanié(es), amélioré(es), enluminé(es) par le clergé des siècles plus tard ». Ce qui est tout simplement faux puisque les documents du Nouveau Testament ont été datés entre 60 et 120 après J.C. Soit seulement 30 ans après la mort de Jésus-Christ pour les premiers écrits. Il ne s’agit donc pas d’une composition tardive.
De plus, les évangiles n’ont tout simplement pas les caractéristiques d’un mythe. C.S. Lewis, professeur de littérature, fait le commentaire suivant : « J’ai lu des poèmes, des fictions, des récits littéraires, des légendes et des mythes toute ma vie. Je sais à quoi ils ressemblent. Je sais qu’aucun n’est comme (les évangiles). De ces textes, on peut seulement tracer deux perspectives. Soit, c’est un rapport historique … soit, quelques auteurs inconnus … sans prédécesseurs ou successeurs connus, ont soudainement anticipé la technique des nouvelles modernes, des narratifs réalistes … »
Si Jésus est ressuscité des morts, il y a eu, bel et bien, un miracle divin et, donc, une preuve de l’existence de Dieu. Nous avons par conséquent une preuve indirecte de l’existence de Dieu. Mais l’expression est lâchée : « miracle divin ». Dans son article sur l’historicité de l’évangile de Marc, Peter Williams, directeur de Tyndale House à Cambridge, écrit ce commentaire pertinent : « S’il n’y avait pas le problème des miracles dans l’évangile de Marc, il est hautement probable que sa fiabilité ne serait même pas débattue parmi les historiens. »2 La résurrection n’est pas un problème historique, mais un vrai problème philosophique. Pour quelqu’un qui a embrassé la vision naturaliste du monde, il n’est pas envisageable qu’un défunt ressuscite. Le rapport de la résurrection de Jésus est donc a priori suspecte. Nombreux sont les experts du Nouveau Testament qui rejettent l’explication du miracle divin. Pourquoi ? Parce qu’on sait tous pertinent que les morts ne ressuscitent pas. Cependant, pour quelqu’un qui est ouvert au surnaturel, la résurrection d’un défunt est tout à fait possible. Ainsi Anthony Flew, le célèbre biologiste qui a longtemps navigué sous la bannière athée avant de devenir déiste*, a affirmé que sa croyance en Dieu rendait la résurrection en Jésus-Christ réellement possible.
Ainsi, les témoignages de défunts se recoupant ne seraient pas une preuve pour quelqu’un qui croit en la vision naturaliste du monde. Car, les morts ne reviennent pas à la vie. La résurrection d’un être, même bien établie historiquement, est a priori suspecte. Je vais rentrer dans les détails dans les lignes suivantes.
Preuves #4 : Démonstration de l’existence et de la survie d’une “âme” et message divin intelligible
Dans notre discussion, mon interlocuteur a plusieurs fois rappelé que « l’inexpliqué n’explique rien. » Pourtant, ce sont bien des preuves qui entrent dans la catégorie « inexplicable » qu’il espère pour croire en l’existence de Dieu. En vertu de son critère « l’inexpliqué n’explique rien », aucune de ces preuves ne saurait être acceptable (on aurait pu faire entrer la preuve #3 dans cette section mais j’ai préféré lui réserver un traitement spécifique tant elle me semble importante).
Pourquoi ces preuves échouent-elles dans un système naturaliste ?

Imaginez un distributeur de boissons qui n’accepte que les pièces de 5, 20 et 50 centimes d’euros. Que se passe-t-il si vous lui tendez une pièce de 10 centimes d’euros ? La machine va juste « recracher » votre pièce et vous demander d’insérer la bonne valeur. Rappelez-vous dans le cas de notre interlocuteur, « l’inexpliqué n’explique rien ». Pour lui, toute affirmation (notamment sur Dieu et l’âme) n’est vraie que si elle est prouvée scientifiquement. Dans ce système, une proposition surnaturelle (Dieu ou l’âme) représente la pièce de 10 centimes que le distributeur de boissons ne peut recevoir pour la traiter. A priori, notre interlocuteur rejette de telles explications. Comment peut-il espérer y voir une preuve par conséquent ?
C.S. Lewis, perspicace à ce sujet, a écrit : « Si la fin du monde nous surprenait littéralement telle qu’elle est décrite dans l’Apocalypse – si le matérialiste moderne voyait de ses propres yeux le ciel s’ouvrir et le grand trône blanc apparaître, s’il se sentait précipité dans l’étang de feu, il ne cesserait durant toute l’éternité, au fond de cet étang de feu, de considérer son expérience comme une hallucination et d’y voir le symptôme d’une maladie mentale ou d’une lésion de son cerveau. »3
Devant un fait inexpliqué, le matérialiste moderne recherchera toujours une explication d’après ses propres convictions.
Dans le christianisme, il est précisément question d’un message divin intelligible. Dieu se révèle à travers la Bible : « A bien des reprises et de bien des manières, Dieu a parlé autrefois à nos ancêtres par les prophètes. Et maintenant, dans ces jours qui sont les derniers, c’est par son Fils qu’il nous a parlé. … » (Hébreux 1.1-2). Dieu parle et s’est fait connaître aux hommes à travers les écrits des prophètes et par son Fils unique Jésus-Christ (voir aussi Jean 1 :18). Souvent les sceptiques argumentent que la Bible n’est qu’un ensemble d’écrits religieux purement humains. Croire que Dieu est l’inspirateur de tels textes, c’est faire preuve d’une foi aveugle.. Mais dire cela, c’est aussi faire un saut de foi. Comment pouvez-vous savoir que Dieu ne l’a pas inspiré à moins d’exclure a priori cette possibilité ?
Quand la métaphysique rencontre la physique
Enfin, une des affirmations les plus fortes de la Bible, et qu’aucune autre religion ne partage, est que Dieu s’est fait homme (Jean 1.14). Quand Jésus était sur terre, les hommes voyaient vraiment Dieu. Ils pouvaient le voir, le toucher et l’entendre. Si c’est vrai, c’est le moment le plus important de l’histoire. Le moment où la métaphysique (ce qui est au-delà de la nature) a rencontré la physique (ce qui est de l’ordre de la nature). Si les rapports des témoins sont vrais, je pense qu’ils le sont, alors Jésus est la meilleure preuve que Dieu existe et que le christianisme est vrai.
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Vous pouvez retrouver l’intégralité de la discussion ici (mars 2009)
(1) Keller, Tim, The Reason for God, p. 118
(2) Williams, Peter, The Historical Reliabity of Mark’s Gospel (mars 2009)
(3) Lewis, C.S., Miracles.


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15 commentaires
Merci pour cet article Aurélien.
Je sais que l’apôtre Paul utilisait la raison pour convaincre que Jésus était le Messie tant attendu. Néanmoins, je suis tout aussi conscient que la raison et le débat ne mène nul part, si l’interlocuteur n’est pas à la recherche de la vérité.
Ravi Zacharias est un grand apologète, mais une expression dit: « on peut mener un cheval à l’abreuvoir, mais on ne peut pas l’obliger à boire. » Il faut que notre interlocuteur ait soif pour boire. Alors continuons!
Salut Stéphane,
merci pour ton commentaire. Je suis d’accord avec toi. Je vois ce genre de discussion intéressante pour les chrétiens qui les lisent ou qui assistent à des débats publics. J’espère avoir montré qu’on peut argumenter sereinement avec un sceptique. C’est ce que fait William Lane Craig par ailleurs. Au début de chaque débat, il espère que ce sera utile pour les personnes en recherche. Il ne cherche pas forcément à convaincre son interlocuteur.
Bonjour Aurélien,
Je découvre votre site alors que je suis en train de lire Pour en finir avec Dieu et recherche des commentaires à ce sujet.
Je suis pour ma part un athée à faible tendance agnostique, jalon 6 sur l’échelle de l’athéisme de Dawkins
et ayant reçu une éducation catholique – j’ai fait ma seconde communion et suit devenu athée peu après.
J’ai parcouru un peu votre blog que j’ai trouvé construit et emplit de propos intelligents, je suis ravi de pouvoir voir en vous un interlocuteur potentiel avec qui discuter de tout cela, il est en effet rare de pouvoir trouver des chrétiens qui ont un peu réfléchi à leur religion et qui ne consomment par leur religion comme un produit de consommation culturelle lambda.
Si je prend le temps, j’espère donc pouvoir commenter la majorité de vos articles, par curiosité et afin d’être poussé – je l’espère – dans les retranchements de ma réflexion : je recherche dans l’idéal toujours à pouvoir être remis en cause, ou au contraire à raffermir mes idées au fil d’échanges construits et intelligents avec des personnes n’ayant pas la même opinion que moi.
Je commencerai par l’échange que vous citez entre Zacharias et l’étudiant. L’argument soulevé par Zacharias m’étonne car il me semble faible. Il est facile d’impressionner un étudiant qui se tient debout au milieu d’une salle de conférence, tout étonné de sa propre audace, et de ne pouvoir répliquer à un enchaînement rapide d’affirmations logiques qui se veulent cohérentes comme le fait Zacharias. Il est normal pour un conférencier de céder ainsi à la fidélité pour garder la face devant son auditoire, mais je m’étonne que vous n’ayez pas vu la faiblesse de cette argumentation et que vous le citiez en exemple ici. Mais il est possible que je me trompe aussi vous pourrez me donner votre point de vue sur ma perception de l’argumentation de Zacharias :
Il dit :
Je note qu’il ne prend pas la peine de vérifier que l’étudiant pense bien cela et qu’il se contente d’affirmer qu’il pense cela. Si je me met à la place de l’étudiant :
-Alors, quand vous supposez l’existence du mal et du bien, vous supposez aussi l’existence d’une loi morale pour différencier entre le bien et le mal. Réponse : Oui.
-Par conséquent, vous supposez l’existence d’un législateur moral. Réponse Oui.
-Autrement dit, Dieu. Réponse : Bien sûr que non. Le législateur moral n’est autre que l’homme. Les notions de bien et de mal sont des créations culturelles. Croyez-vous Mr Zacharias qu’Hitler pensait qu’il était mal de tuer les Juifs, ou au contraire qu’il faisait le bien en débarrassant l’humanité de ceux-ci ? Croyez-vous que les Aztèques pensaient qu’il était mal de sacrifier les hommes en l’honneur de leurs dieux, ou qu’au contraire ils pensaient leur acte indispensable à la bonne marche du monde ? Croyez-vous que les Croisés pensaient faire le mal en tuant toutes ces personnes pour s’emparer de Jérusalem, ou pensaient-elles faire le bien en accomplissant la volonté de Dieu ?
Et vous Aurélien qu’en pensez-vous ?
En tout cas les notions de bien et de mal humaines peuvent tout à fait être concevables, expliquées et étudiées sans l’aide de Dieu. Il n’est en aucun cas indispensable pour leur définition même.
Si l’on conteste cet unique point, le reste de l’argumentation ne tient pas :
Bref le seul point de réfutation de Zacharias tient dans cette argumentation logique réfutable qui est que Dieu ne peut qu’être le seul législateur moral, affirmation qu’il noit dans un ensemble d’articulations logiques vraies pour masquer ce point sensible, puis il enchaîne par les conséquences qu’entraîneraient le fait que ce point soit vrai et achève l’étudiant par une question assassine à laquelle il doit répondre tout de suite alors qu’il est encore en train de démeler les phrases du conférencier et d’essayer de les comprendre.
C’est de la malhonnêté intellectuelle, mais c’est compréhensible : dans une conférence, le conférencier a plus a coeur de garder la face devant son auditoire que de faire un débat serein où ces affirmations pourraient être remises en cause. Mais clairement il ne me semble pas qu’un tel échange devrait figurer en exemple sur votre blog, car une petite analyse à froid en démonte la faiblesse en peu de temps.
A moins évidemment que vous puissiez me dire en quoi l’argumentation de Zacharias est forte et pertinente
Merci Olivier pour votre commentaire, j’apprécie fortement le ton de celui-ci.
Je vous offre la suite de l’argument de Zacharias avant de vous donner mon avis personnel :
Ravi Zacharias, The End of Reason, Grand Rapids, Michigan, 2008, Zondervan, p. 55-56
Si les valeurs morales sont culturelles. Alors, elles ne sont en rien prescriptibles. Si l’affirmation « Éradiquer une certaine population de la planète est bonne » est le fruit d’une certaine culture, alors il est impossible de la condamner, puisque dire que : « Éradiquer une certaine population de la planète est quelque chose de mal » est aussi le produit d’un autre environnement culturel. Sur cette base, rien ne permet de dire qui a tort ou qui a raison.
Le problème est qu’au fond de nous nous savons tous qu’il y a des choses absolument mauvaise : viol, meurtre, pédophilie, génocide …
D’où, permettez-moi de l’organiser de cette façon :
(1) Si Dieu n’existe pas, alors il n’existe pas de valeurs absolues
(2) Or, des valeurs absolues existent
(3) Donc, Dieu existe.
Je pense que Dieu est la meilleure explication pour l’existence de valeurs absolues. Sans point de référence transcendant, il n’y a pas de bien et de mal absolus.
2 autres articles pour creuser un peu :
L’évolution sociobiologique peut-elle expliquer le sens moral ?
Arguments en faveur de l’existence de Dieu
Je serais heureux de prolonger cette discussion avec vous.
Bonsoir tout le monde
Ce débat est très interessant dites donc!
J’aimerai apporter-avec mes faibles moyens-quelques éléments de réflexion supplémentaires.
Olivier :
– Hitler aurait-il pu (selon l’idéologie d’alors)
exterminer la « race » arienne ? ou éliminer ses
collaborateurs selon l’unique humeur du jour?
– les Aztèques sacrifiaient-ils les leurs ?
(hormis les volontaires mais c’est une autre question)
Je ne crois pas.
Que ces personnes aient conçu leurs actes comme étant Bienfondées est une chose. »La fin justifie les moyens » parraît-il…
Il est par contre difficilement concevable de supposer que ni Hitler ni les Aztèques n’auraient vu d’inconvénients à s’en prendre aux leurs.
Intrinsèquement aux raisons qui aboutissent à la « couleur »
finalement attribuée au meutre, le fait même de distinguer deux cas d’application prouve(à mes yeux du moins)que pour nos protagonistes le meutre n’était pas tel un saint-baiser que l’on pourrait offrir à tout le monde-et encore moins à notre guise.
Le caractère absolument mal du meutre demeure … malgré tout.
bonne suite
GodBlessU
Bonjour Aurélien et Gbu,
Après y avoir réfléchi, il me semble effectivement qu’il y a certaines notions de bien et de mal qui sont codées dans l’être humain et font partis de l’inné, tout comme la bipédie ou la capacité d’utiliser un langage et la pensée conceptuelle.
Ces notions de bien et de mal se caractérisent par des pulsions de bien-être/plaisir ou de souffrance à la vue d’évènements affectant nos semblables et même d’autres êtres vivants, que l’on peut nommer stimulis, de la même manière que nous ressentons la faim lorsque nous devons manger ou que l’évolution a façonnée le désir et le plaisir sexuel pour favoriser l’accouplement des mâles et des femelles.
Le libre arbitre de l’homme réside dans sa capacité à choisir les réponses qu’il donne à ses stimulis. On peut choisir d’ignorer la faim et de se laisser mourir d’inanition pour défendre une cause, ou de ne pas assouvir nos désirs sexuels par engagement religieux.
Les notions de bien et de mal de chaque individu et de chaque société sont des constructions culturelles qui sont élaborées en réponse à ses stimulis de souffrance et de plaisir qui forment la racine du bien et du mal. La vue d’un de nos semblables qui souffre entraîne naturellement une souffrance et un sentiment de compassion chez nous. Ce sentiment peut être magnifié, ignoré ou étouffé en fonction des constructions culturelles élaborées par les sociétés et individus, en fonction du contexte. Ce sentiment inné est également plus ou moins fort en fonction du fait que l’être en question est proche de nous ou non, ceci à cause de notre instinct grégaire que je détaille plus bas.
J’admets donc que ces notions de bien et de mal ont une racine qui est non culturelle et donc innée chez tous les êtres humains, au même titre que la bipédie et la capacité d’utiliser un langage.
Cependant, selon moi l’existence de ces notions innées ne prouvent en rien l’existence de Dieu, tout simplement parce qu’elles peuvent être expliquées autrement, et en particulier par les mécanismes de l’évolution.
Je ne vais pas reprendre les arguments du commentaire que vous mettez en avant dans votre article sur l’évolution sociobiologique, mais il me semble clair que l’espèce humaine est une espèce profondément grégaire et sociable, qui vit en meutes ou groupes comme les loups ou les grands singes. Pourquoi l’évolution nous a amené à vivre ainsi en groupes, c’est une question dont je ne maîtrise pas tous les tenants et aboutissants, mais si cela s’est produit, c’est que cela a favorisé la survie de l’espèce par rapport à un milieu et des contraintes.
L’argumentation principale de votre article repose sur le fait que la question « pourquoi devrions-nous être concernés par l’espèce vivante ? » est absurde.
Et effectivement je pense qu’elle l’est. Cette question ne se pose pas, tout comme ne se posent pas les questions « pourquoi devrions-nous être concernés par le fait de manger ? d’avoir envie du sexe opposé ? de nous reproduire ? de survivre ? de parler ? de marcher sur deux jambes plutôt que quatre ? »
Pourquoi devrions-nous être concerné par le fait d’exister ? L’avons-nous choisi ?
Ces questions ne se posent pas parce que nous n’avons pas le choix, à la base : notre programme génétique nous façonne et nous créent comme des individus de l’espèce humaine, avec tous les attributs qui en découlent. Parmi ces attributs figurent un instant grégaire, un profond instinct de survie individuel, et des notions rudimentaires de bien et de mal qui nous font en particulier protéger notre meute par rapport au reste du monde. Est-ce que les loups se demandent s’ils devraient être concernés par la survie de leur espèce, ou de leur meute, ou même d’eux-même ? Bien sûr que non. Ils ont en eux, profondément codés dans leurs gènes, cet instinct de survie individuel et cet instinct de vivre en meute, qui favorise la survie des individus. Et donc de l’espèce. Et ils suivent leurs instincts, sans se poser de questions.
Comme je l’ai dit nous pouvons choisir de répondre à ces stimulis de la manière que nous le souhaitons, dans les limites des contraintes physiques, mais la majorité des êtres humains choisissent de suivre ce que leur dicte leur programmation génétique, comme parler, se nourrir, survivre, se reproduire, vivre en groupe – ou plutôt ne choisissent pas d’aller à l’encontre de ces stimulis – et le respect de ces instincts, évidemment transformés par la pensée conceptuelle et les acquis culturels de chaque individu, assure la survie de l’espèce. Parce que s’il en avait été autrement, nous ne serions pas là pour en parler. Tout simplement.
Donc vivre en groupe est un instinct façonné par l’évolution, qui a conduit également à façonner les plaisirs/souffrances qui sont à la racine de nos conceptions de bien et de mal. En particulier, nous sommes concernés par la survie de nos proches – un peu moins par celles de nos moins proches, les meutes concurrentes. Les loups, et par extension les chiens, ont également une conscience rudimentaire du bien et du mal appliqués à leur propre meute : quand vous jouez avec un chien, il peut vous mordiller la main sans vous mordre : il sait la limite entre mordiller et mordre, entre le jeu et l’affrontement, il sait que mordre va vous faire souffrir. Donc il s’abstient. Si vous avez un bon chien du moins
.
Bref il me semble donc que Dieu n’est pas nécessaire pour expliquer les notions de bien et de mal chez les humains, tout comme il n’est pas nécessaire pour expliquer que votre chien sait vous mordiller sans vous faire mal quand vous jouez avec lui.
L’existence de notions de bien et de mal universelles chez les humains ne peut donc prouver l’existence de Dieu.
Cher Olivier,
merci pour vos recherches et pour votre réflexion stimulante.
Bien, je suis content de voir que nous sommes d’accord au sujet du point (2) de mon argument.
(2) des valeurs absolues existent
Vous écrivez :
Je ne pense pas que vous ayez réellement répondu aux arguments que je vous ai présenté. D’un point de vue naturaliste, il est difficile de trouver une explication qui montre que l’être humain est spécial ou que le bien et le mal sont objectivement vrais. Pourquoi penser que nous avons des obligations morales d’un point de vue naturaliste ? Michael Ruse, philosophe des sciences, écrit:
(Michael Ruse, « Evolutionary Theory and Christian Ethics, » in The Darwinian Paradigm (London: Routledge, 1989), pp. 262, 268-9)
Rien dans votre argumentation ne permet d’établir que les valeurs morales soient objectives (que chacun devrait suivre). Pourtant, c’est ce que vous croyez au fond de vous:
Or, votre réponse à ce sentiment sonne terriblement creuse :
C’est comme ça.
Mais ça ne dit en rien pourquoi nous avons des obligations morales (loi morale), pourquoi nous sommes responsables de nos actes (fondement du droit), pourquoi nous devons rendre compte de nos actes (notamment devant une cours de justice si on commet une infraction ou un délit).
En conclusion, je ne pense pas que vous ayez réellement adressé les arguments que je vous ai présenté, et, je pense que votre contre-argumentation n’en est pas une. Par conséquent, je pense que Dieu reste la meilleure explication à l’origine du bien et du mal.
J’avoue que j’ai un peu du mal à vous suivre. Je crois que nous n’avons pas lu les mêmes livres
et que du coup les prémisses sur lesquels s’appuient nos raisonnement diffèrent et colorent notre perception, ce qui rend peut-être difficile une rencontre intellectuelle sur ce sujet.
L’être humain n’est spécial que si nous adoptons un point de vue anthropomorphique. Il a des caractéristiques qui le distingue en tant qu’espèce, comme toutes les espèces, les plus importantes étant 1) la pensée conceptuelle et 2) le pouce opposable nous permettant de saisir des objets et de fabriquer et utiliser des outils.
Je ne pense pas que l’on puisse dire que le bien et le mal soient objectivement vrais. Ces notions sont bien trop grandes et vastes pour pouvoir ne serait-ce que les définir objectivement. Ce qui est objectivement vrai, c’est qu’il y a un programme génétique qui nous façonne et nous donne un ensemble de choses desquelles nous pouvons nous libérer en partie grâce à la pensée conceptuelle, de laquelle découle la maîtrise de l’outil. Parmi ce programme génétique figurent des notions de compréhension de la souffrance de l’autre, codées avant tout pour nous permettre de ne pas faire souffrir notre tribu afin d’augmenter nos chances de survie individuelles. A partir de ces notions nous pouvons construire grâce à la pensée conceptuelle des… concepts, des lois, des règles, des valeurs, en les suivant, en y réagissant ou en s’en affranchissant.
Ce que je dis au fond, c’est qu’il y a des racines fondant nos notions de bien et de mal, façonnées par l’évolution. Des fondations. Sur ces fondations, les hommes bâtissent ce qu’ils veulent : des huttes, des cathédrales, des buildings, rien. Je ne comprend pas trop votre notion d’obligation morale. De mon point de vue nous n’avons pas d’obligation qui soit matériellement codée en nous. Nous sommes libres grâce à la pensée conceptuelle de répondre à nos stimulis de la manière dont nous le souhaitons, dans l’absolu en tout cas car nous sommes certes influencés par notre programme génétique, notre éducation, la société dans laquelle nous vivons et les contraintes de notre environnement.
Donc pour répondre à vos questions :
Parce que nous les avons élaborées.
La responsabilité des actes est une notion complexe. Notre libre arbitre provient de notre pensée conceptuelle, mais il me semble que nous avons que nous sommes libre dans un cadre étroit, déterminé par la société, nos paradigmes et notre environnement. Si je suis un Aztèque, suis-je libre de considérer le sacrifice humain des prisonniers de guerre comme étant mauvais ? Oui, mais cela ne me viendra très probablement jamais à l’idée. Au contraire, c’est un honneur pour les guerriers ainsi prisonniers de mourir ainsi, puisqu’avec la Mort Fleurie ils auront accès au paradis et à ses milles délices pour l’éternité. Si donc je me retrouve magiquement au Mexique du XXème siècle, pourras t-on me juger pour ces actes de sacrifice humain, qui sont des crimes dans le Mexique moderne, mais pas dans la société Aztèque où je suis né ? Suis-je responsable de ce qui est considéré comme un crime au Mexique ?
Nous devons rendre compte parce que bien souvent nous y sommes forcés par la loi, les forces de l’ordre et l’opinion publique. Si je suis un prêtre Aztèque et que je décide de ne plus sacrifier les humains, j’aurai très peu de chances d’arriver à mes fins car les autres m’obligeront à rendre compte de mon acte d’hérésie sacrilège en me rétractant, en me faisant perdre ma fonction, en me tuant, etc. Si je suis un inquisiteur et que je fais évader un Cathare sur le point d’être torturé, je devrais répondre de mes actes devant un tribunal religieux qui me jugera et me déclarera peut-être hérétique moi-même et devant expier mes fautes.
Je crois toutefois que cela ne nous avance guère dans notre compréhension mutuelle du point de vue de l’autre et je vais tâcher de me renseigner sur les notions que vous avancez, notamment celle d’obligation morale.
Pour tenter de mieux comprendre votre point de vue, je vous invite toutefois à répondre à ces questions :
Si nous admettons que Dieu est à l’origine des notions du bien et du mal :
- Les as t-il créé une bonne fois pour toute pour toute l’espèce humaine, sans qu’il ait besoin ensuite d’y revenir, ou s’agit-il d’une influence permanente émanant directement de lui ?
- Dans les deux cas, comment se manifeste cette influence divine dans notre code génétique et nos actes ?
- Y a t’il des notions de bien et de mal chez les animaux ?
- Si oui, viennent-elles de Dieu ?
- Quel est d’après vous l’origine du fait que le chien connaît la différence entre mordiller et mordre votre main ?
- Quelles sont exactement d’après vous les notions de bien et de mal qui sont universelles ? Quelles sont celles qui ne le sont pas ?
- Si l’existence des notions de bien et de mal chez les humains est une preuve de l’existence de Dieu, pourquoi cela ne rallie t-il pas les scientifiques athées à même de comprendre cette preuve à la cause religieuse ?
- Tous les chrétiens instruits pensent-il que l’existence des notions de bien et de mal chez les humains est une preuve de l’existence de Dieu ? Et tous les pratiquants instruits des autres religions ? Si non, quels sont leurs points de vue sur la question ?
Bonjour Aurélien,
Vous ne souhaitez pas répondre ?
Cher Olivier,
Désolé pour le retard, j’étais en déplacement cette semaine.
Il me semblait acquis que des valeurs absolues existent. Cependant, vous écrivez :
D’une part, vous semblez dire que vous percevez le bien et le mal et que votre libre arbitre vous permet de répondre par l’affirmative ou la négative à ces « stimulis ». Sont-ils par conséquent indépendants de votre nature ? Mais si ces réalités ne sont pas objectives, alors pouvez-vous réellement dire que quelque chose est bon ou mauvais ?
D’autre part, je pense qu’il faille distinguer entre la question épistémologique : « quelles sont les raisons qui font que c’est mauvais ? » et la question ontologique : « pourquoi est-ce mauvais ? » Je ne discute pas le fait que vous soyez capables de connaître ce qui est bien ou mal. Mais pourquoi telle connaissance est possible ? Un athée peut très bien connaître le contenu de ce qui est moral ou pas, mais cela ne lui donne pas les bases pour expliquer comment ça se fait qu’il y ait des vérités morales et que nous soyons capables de les connaître.
Par exemple, violer quelqu’un peut être socialement désavantageux et par conséquent devenir taboo dans une société donnée. Mais, ça ne fait pas du viol quelque chose de mal.
Après tout, si Dieu n’existe pas, nous ne sommes qu’un tas de molécules en mouvement dans l’univers. Ainsi, à quoi faîtes-vous référence si vous dîtes que tel comportement est moralement inacceptable ?
Je connais très mal le contexte Aztèque pour répondre à votre question. Cependant, l’exemple cathare illustre parfaitement mon point de vue, un tribunal peut décider un jour que quelque chose soit bon malgré le fait qu’il soit et reste absolument ou évidemment mauvais (en l’occurrence, le meurtre ou la torture). Prenons aussi l’exemple du nazisme et imaginons que les nazis aient gagné la seconde guerre mondiale et qu’ils aient lavé le cerveau de tout le monde. Dans ces conditions, le nazisme deviendrait-il quelque chose de bien ? Du point de vue naturaliste, c’est difficile de répondre par la négative parce que le bien et le mal ne sont pas absolus. En revanche, si Dieu existe alors le nazisme est et resterait une idéologie absolument mauvaise !
J’aimerais à présent tenter de répondre à vos questions :
Votre question est-elle en rapport avec le dilemme d’Euthyphron ?
Je ne pense pas que les animaux soient dotés d’un sens moral (faculté de distinguer entre le bien et le mal). Je pense qu’ils agissent et réagissent par instinct s’ils sentent une menace ou pas (différence entre mordre et mordiller).
D’un point de vue biblique, je pense qu’on peut dire qu’une action est bonne si elle est en accord avec ce que Dieu commande. Cependant, énumérer exactement les notions de bien ou mal qui sont universelles ne seraient pas pertinents et fastidieux car depuis les grandes remises en question du judéo-christianisme qui apparurent aux 18e et 19e siècles, nous nous retrouvons avec différents secteurs éclatés : une vie économique, une vie philosophique, une vie scientifique, une vie politique, une vie artistique, etc. Secteurs éclatés et qui fonctionnent chacun avec des fondements éthiques et épistémologiques qui leur sont propres.
L’argument convainc ! Francis Collins, directeur du Human Genome Project, qui a décrypté le génome humain, autrefois athée, écrit par exemple :
Francis Collins, The Language of God, 2006, NY, First Free Press, p. 22-29
J’espère avoir été plus clair dans la présentation de l’argument qui conduit logiquement à admettre l’existence de Dieu.
Bonjour Aurélien,
Il me semble avoir déjà répondu à tout cela
.
Rapidement :
Les notions de souffrance et de reconnaissance de la souffrance d’autrui sont codés en nous, tout comme de plaisir et de reconnaissance du plaisir d’autrui. Le reste est une construction conceptuelle et sociale. Ils ne sont pas plus indépendants de ma « nature » que mon ADN, mes pensées, la société et l’environnement qui m’entourent.
Toute affirmation de bien ou de mal ne peut se faire que dans un contexte socio-culturel précis qui n’a pas de valeur universelle. Sinon comment expliquez-vous que vous ne suiviez pas à la lettre (en tout cas je l’espère !
ces versets de la bible :
- « Si un homme frappe du bâton son esclave, homme ou femme, et que l’esclave meure sous sa main, le maître sera puni.
Mais s’il survit un jour ou deux, le maître ne sera point puni; car c’est son argent. »
(Exode 21 :20-21)
- « Si un homme commet un adultère avec une femme mariée, s’il commet un adultère avec la femme de son prochain, l’homme et la femme adultères seront punis de mort. »
(Lévitique 20:10)
- « Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable; ils seront punis de mort: leur sang retombera sur eux. »
(Lévitique 20:13)
« Si tu bâtis une maison neuve, tu feras une balustrade autour de ton toit, afin de ne pas mettre du sang sur ta maison, dans le cas où il en tomberait quelqu’un. »
(Deutéronome 22:8)
Ces versets ne s’expliquent que dans le contexte socio-culturel de l’époque. A l’époque, les valeurs qu’ils véhicules paraissaient tellement normales qu’ils ont été mis dans la Bible et déclarés comme étant la parole de Dieu. Si aujourd’hui vous dites que non, Dieu n’est pas ainsi et que le bien incarné par Dieu n’est pas comme cela, sur quels critères vous appuyez-vous pour déterminer ce qui est à garder ou à jeter dans la Bible ? N’est-ce pas en fonction du contexte socio-culturel dans lequel vous vivez aujourd’hui ? Ou croyez-vous que les valeurs de Dieu ont changées à travers les âges ?
Parce que les humains l’ont décrété ainsi.
La seule référence possible serait cette notion de souffrance et de plaisir d’autrui câblée en nous et dont notre société actuelle rend peut-être *légèrement* plus conscient. Sinon les références de bien et de mal sont relatives au contexte socio-culturel.
De notre point de vue à nous, non, mais du point de vue de cette société, bien sûr que oui ! Jusqu’à ce qu’une société plus attentive à la forme de souffrance imposée par le nazisme n’émerge, si elle émerge un jour.
A nouveau, croyez-vous que les hommes qui ont écris les versets cités ci-dessus ne croyaient pas sincèrement que ceux-ci reflétaient leur conception du bien et du mal ?
Néanmoins, cela n’empêche pas l’Ancien testament de mettre en avant comme des vérités divines incontestables des choses que l’on ne peut évoquer sans blémir d’horreur aujourd’hui. Est-ce que cela veut dire que si Dieu existe, alors l’idéologie de l’Ancien Testament est et resterait absolument mauvaise ?
Et en fonction de quel contexte choisissez-vous entre les nombreux commandements contradictoires de Dieu dans la Bible ? Ne serait-ce pas en fonction de votre contexte socio-culturel ?
Par ailleurs, j’ai lu avec intérêt votre critique de Dawkins
, et je me demande quelle critique vous pourriez faire de ce récent article, dont je suis d’accord à peu près avec tout sauf le paragraphe numéro 5.
Pouvez-également répondre à la dernière question :
- Tous les chrétiens instruits pensent-il que l’existence des notions de bien et de mal chez les humains est une preuve de l’existence de Dieu ? Et tous les pratiquants instruits des autres religions ? Si non, quels sont leurs points de vue sur la question ?
Cher Olivier,
Vous écrivez :
Je suis désolé mais vous ne répondez pas à ma question : qu’est-ce qui fait que quelque chose soit mauvais ou bon ? Le fait que ce soit codé dans mes gènes n’explique pas que quelque action soit bonne ou mauvaise, mais seulement qu’on puisse distinguer entre ce qui est bon et mauvais (aspect épistémologique du problème). Mais vous ignorez totalement l’aspect ontologique de la question. Parler de souffrance et de reconnaissance de la souffrance d’autrui, c’est encore faire appel à un cadre moral qui est inexistant dans votre perspective.
En effet, je demande : « pourquoi est-ce mauvais ? »
Vous répondez :
Bien, les humains auraient pu décréter autrement : avez-vous une préférence personnelle entre tuer votre prochain ou aimer votre prochain ? Pourquoi ?
Plus loin, vous écrivez au sujet du nazisme :
J’ai le sentiment qu’une société nazie ne vous laisserait tout de même pas indifférent, sinon pourquoi avoir ajouté la dernière phrase. Je pense que vous essayez d’être relativiste sans vraiment le pouvoir …
Sur l’Ancien Testament :
Pour répondre rapidement à votre question au sujet de l’Ancien Testament, bien qu’elle ne fasse pas directement intervenir le problème de l’existence de Dieu, quand Dieu commande de mettre à mort quelqu’un il ne s’agit pas d’une contradiction avec le commandement « tu ne tueras pas ton prochain » (ce que Dieu commande de toute éternité à tout homme. Une rapide lecture d’une encyclopédie des religions montrerait que toutes les sociétés antiques reconnaissent cela.) Car, dans le premier cas, il s’agit d’un jugement immédiat de Dieu (qui est un rappel que tous les hommes seront jugés et auront des comptes à rendre à Dieu après leur mort). Si Dieu est le Créateur alors nous sommes créatures. Dieu, en tant que Créateur, a le droit de reprendre la vie de ses créatures ; je n’ai pas ce droit. Je n’ai pas le droit d’ôter la vie de quelqu’un.
Par conséquent, je pense que oui les hommes qui ont écrit les versets que vous citez écrivaient réellement les commandements de Dieu (Dieu veut réellement juger le mal (i.e. ce qui est en désaccord avec sa nature)), et, non ce n’est pas socio-culturel mais plutôt temporaire (dans le cadre de la révélation biblique).
Je ne pense pas être capable de répondre pour chaque religion. Néanmoins, je pense que chaque chrétien sait (ou devrait savoir) que Saint Paul a écrit :
Romains 2.14-15
Ces versets montrent que la Bible atteste que chaque homme possède en lui une loi morale et que cette loi morale n’est jamais disjointe de celui qui l’a dispensée : Dieu lui-même.
Je prendrais plus de temps la prochaine fois pour répondre au sujet de l’article que vous mettez en avant.
Je viens de terminer la lecture de l’article. J’ai trouvé intéressant certaines de ses objections et critiques envers les chrétiens (certaines ne sont pas fausses, hélas). Par contre, je doute qu’il ait vraiment compris le christianisme … Le tout est une savante prédication postmoderne.
Les quatre preuves étaient :
- Efficacité de la prière démontrée statistiquement avec une méthodologie valable
- Démonstration d’une justice divine sur Terre
- Témoignages de défunts qui se recouperaient
- Démonstration de l’existence et de la survie d’une “âme” et message divin intelligible…
La première preuve est un mensonge. Durant 10 ans 6 universités américaines et des croyants et membres de l’église ont procédés à des prières destinés à des gens qui avaient subit des opérations du cœur. Les groupes qui ne savaient pas qu’on avait prié pour eux ont vu 52% de malades dont l’état s’est aggravé. Dans le groupe de ceux qui savaient que l’on priait pour eux, l’état s’est aggravé chez 59%. Au mieux les prières sont néfastes.
le second principe est tout aussi malhonnête.
quand vous supposez l’existence du mal et du bien, vous supposez aussi l’existence d’une loi morale pour différencier entre le bien et le mal, enchaîne Zacharias. Par conséquent, vous supposez l’existence d’un législateur moral. Autrement dit, Dieu.
Les principes moraux existaient bien avant les trois religions monothéistes. Aucune société n’a jamais dit vous pouvez tuer, vous pouvez voler, vous pouvez faire souffrir les gens. Pas besoin d’un législateur divin pour cela. Quand je lis:
Pourtant, nous savons bien que violer des petits enfants est absolument injuste et mauvais que l’on soit né en Europe, en Asie ou en Afrique. De tels absolus ne sauraient être expliqués sans postuler l’existence de Dieu.
Ce ne sont pas des absolus, la preuve, tous les curés et autres pasteurs pédophiles… c’est là bien plutôt la preuve de l’inexistence d’un dieu soi-disant bon et tout-puissant.
Le troisième veut fonder l’existence de dieu sur des anecdotes. Jésus lui-même avait promis aux apôtres qu’il reviendrait avant la fin de leur vie, on l’attend toujours. Nous savons a peu près tout de la vie d’un pharaon né deux mille ans avant J.-C. Mais pas la moindre sur Jésus hormis dans la bible. Pas une trace, chez des historiens comme Flavius Josèphe ou Tacite. Rien.
Quand je lis des absurdités comme celle-là
C.S. Lewis, perspicace à ce sujet, a écrit : « Si la fin du monde nous surprenait littéralement telle qu’elle est décrite dans l’Apocalypse – si le matérialiste moderne voyait de ses propres yeux le ciel s’ouvrir et le grand trône blanc apparaître, s’il se sentait précipité dans l’étang de feu, il ne cesserait durant toute l’éternité, au fond de cet étang de feu, de considérer son expérience comme une hallucination et d’y voir le symptôme d’une maladie mentale ou d’une lésion de son cerveau. »3
Devant un fait inexpliqué, le matérialiste moderne recherchera toujours une explication d’après ses propres convictions.
Oui, il si je voyais voler des éléphants roses et des poules tomber du ciel avec des dents je courrais immédiatement chez un psychiatre.
A part l’apocalypse il y a plus de soixante prédictions dans la bible et aucun ne s’est produite.
En revanche il y a les trompettes de Jérico qui ont fait tomber les remparts – alors que cette bourgade n’en avait et n’en a jamais eu.
Des théologiens de plus en plus nombreux avouent qu’il n’y a effectivement aucune preuve de l’existence de dieu, alors pour sauver les meubles ils ont inventé le dieu caché. mais que vaut un dieu caché? Rien du tout. En tout cas il n’a plus rien à voire avec un dieu tout puissant, un dieu de bonté, d’amour! Alors que tout-puissant et ayant prétendument créer l’univers pour l’homme – quelle perte d’énergie et de matière si l’on se met à l’échelle de cet univers hostile – il accepte sans broncher la souffrance et les malheurs qui arrivent surtout aux plus faibles, aux plus pauvres.
Si votre dieu existait il faudrait le combattre.
En lisant ce débat sur le bien et le mal je suis attiré. Les seules preuves dont on nous rabâche les oreilles sont des textes tirés de la bible, du talmud ou d’autres textes juifs qui racontent des histoires fantastiques empruntées aux mythes égyptiens, sumériens,etc. Je lisais dernièrement une dispute entre un rabbin et un docteur islamiste qui se disputaient parce que le second prétendait que des textes judaïques prédisaient la venue de Mahomet et l’autre démentait cette affirmation.
Heureusement je vins de terminer le livre formidable du physicien Victor Stenger : Dieu l’hypothèse erronée. Comment la science prouve que dieu n’existe pas.
Parce que l’auteur, et je suis de cet avis, pense que la science a son mot à dire à l’égard de cette hypothèse. Les théologiens qui bien souvent n’ont pas la moindre connaissance en biologie, en physique, viennent bien, avec des arguments spécieux et fallacieux tenter, sans succès, de réfuter le darwinisme où la notion de hasard jusque dans la physique quantique. Contrairement aux scientifiques qui testent leurs théories, les théologiens en sont incapables. Et là où les théories scientifiques n’ont encore rien à dire à propos de quelque chose qu’ils ignorent – contrairement aux théologiens qui savent tout, éclairés par la lumière divine – on se demande pourquoi il n’es pas écrit dans la bible qu’un jour l’homme marchera sur la lune, volera comme les oiseaux en revanche on peut y lire que les lapins ruminent.
Si dieu est omniscient, tout puissant, alors il possède aussi les attributs du mal, mais si non, alors il n’est ni tout-puissant en encore moins omniscient.
Et pour finir, à mon avis, si dieu entendait les prières les hommes n’auraient pas eu besoin d’inventer la médecine. La grande majorité des gens qui se sentent malades vont chez le médecin.
Quand à prétendre comme je les lu plus haut que les animaux ne sauraient avoir que des instincts et pas de sens moral c’est encore là une affirmation qui dénote une méconnaissance terrible du monde dans lequel nous vivons, parce que notre « intelligence » n’est jamais et cela a été démontré que le fruit de l’évolution et de la sélection naturelle et rien ne nous dit que dans quelques millions d’années des mammifères comme les singes ne bénéficieront pas des capacités neurologiques cognitives comme les nôtres. L’auteur montre très bien que le monde et l’univers seraient ce qu’ils sont sans le moindre recours à l’hypothèse d’un dieu.
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