Le dilemme d’Euthyphron – La solution

Fondement
Le défi de Platon nous oblige à considérer un détail important dans chaque discussion sur la nature de la morale : fondement.
Le mot « fondement » signifie originellement « base, ce sur quoi repose quelque chose » 1
En philosophie, il se réfère au fondement logique d’un propos. La tâche d’Euthyphron était d’identifier le fondement logique de la sainteté. Sur quelles fondations la morale tient-elle ?
Une loi est légitime seulement en vertu de l’autorité sur laquelle elle repose. Le gouvernement français ne peut pas faire voter des lois qui s’appliqueraient aux péruviens. Les lois françaises s’appliquent seulement aux citoyens (et résidents français). De même, les individus ne peuvent créer des lois qui s’appliqueraient à leur voisinage, car ils ne possèdent pas l’autorité requise.
Le problème du fondement moral est difficile pour un athée qui affirme qu’il existe une éthique en dehors de Dieu. Certainement, un athée peut agir d’une manière considérée « morale », mais il est difficile de savoir ce à quoi le terme se réfère. Il signifie généralement les règles ou principes de conduite, la recherche d’un bien idéal, individuel ou collectif ; une Loi donnée par une autorité légitime. Cependant, sans dispensateur d’une Loi morale (Dieu), il ne peut y avoir de loi transcendante, et il ne peut y avoir d’obligation morale.
Le moine trappiste Thomas Merton le met en mots de cette façon :
Au nom de qui ou de quoi me demandes-tu d’agir ? Pourquoi devrais-je nier mon « moi », ce que je désire, au profit de quelques standards qui existent seulement dans notre imagination ? Pourquoi devrais-je louer les fictions que vous détenez au nom de personne ? 2
Un athée « moral » est comme un homme assis à table qui ne croit ni au producteur, ni à l’élévateur, ni au pécheur, ni au cuisinier. Il croit que la nourriture est juste apparue sans explication et sans cause suffisante devant lui.
Lisez plutôt le commentaire suivant :
Ces questions ne se posent pas parce que nous n’avons pas le choix, à la base : notre programme génétique nous façonne et nous créent comme des individus de l’espèce humaine, avec tous les attributs qui en découlent. Parmi ces attributs figurent un instant grégaire, un profond instinct de survie individuel, et des notions rudimentaires de bien et de mal qui nous font en particulier protéger notre meute par rapport au reste du monde. Est-ce que les loups se demandent s’ils devraient être concernés par la survie de leur espèce, ou de leur meute, ou même d’eux-même ? Bien sûr que non. Ils ont en eux, profondément codés dans leurs gènes, cet instinct de survie individuel et cet instinct de vivre en meute, qui favorise la survie des individus. Et donc de l’espèce. Et ils suivent leurs instincts, sans se poser de questions.
Comme je l’ai dit nous pouvons choisir de répondre à ces stimulis de la manière que nous le souhaitons, dans les limites des contraintes physiques, mais la majorité des êtres humains choisissent de suivre ce que leur dicte leur programmation génétique, comme parler, se nourrir, survivre, se reproduire, vivre en groupe – ou plutôt ne choisissent pas d’aller à l’encontre de ces stimulis – et le respect de ces instincts, évidemment transformés par la pensée conceptuelle et les acquis culturels de chaque individu, assure la survie de l’espèce. Parce que s’il en avait été autrement, nous ne serions pas là pour en parler. Tout simplement.3
La morale athée n’a pas de fondement. Tout est déterminé par nos gènes. Nos gènes sont codés de telle façon que la majorité des êtres humains répondent positivement au stimuli « aime ton prochain » mais cela aurait bien pu être : « tue ton prochain ». Au final, il n’y a pas de différence. Tout simplement.
Est-ce que le chrétien fait mieux ? C’est le défi lancé par le dilemme d’Euthyphron.
La solution
La solution au dilemme d’Euthyphron est simple. Il suffit de montrer que c’est un faux dilemme. Il n’y a pas deux options, mais trois.
Le chrétien rejette la première option : la morale n’est pas fonction arbitraire du pouvoir de Dieu. Et il rejette la deuxième option : Dieu n’est pas dépendant d’une loi supérieure à lui-même.
La troisième option est qu’une loi objective existe (ce qui évite la première corne du dilemme). Cependant, cette loi n’est pas extérieure à Dieu, mais interieure (ce qui évite la seconde corne). La morale est fondée dans le caractère immuable de Dieu, qui est parfaitement bon. Ces commandements ne sont pas des caprices, mais enracinés dans son caractère parfaitement saint.
Est-ce que Dieu pourrait simplement déclarer que torturer des bébés est moral ? Non, Dieu ne pourrait pas le faire. Mais, ce n’est pas un problème de commandement. C’est un problème de caractère. C’est contraire à son caractère.
En conclusion, la réponse du chrétien évite entièrement le dilemme. La morale n’est pas antérieure à Dieu – logiquement antérieure à lui – comme Bertrand Russel suggérait, mais enracinée dans sa nature. La morale n’est pas fondée dans les commandements de Dieu, mais dans son caractère, qui s’exprime dans ses commandements.
À suivre …
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(1) http://www.cnrtl.fr/etymologie/fondement (avril 2009)
(2) Cité dans Phillip Yancy, The Other Great Commission, Christianity Today, October 7, 1996, 136
(3) Extrait d’un échange ouvert, intelligent et intéressant après l’article Dialogue avec un sceptique.