Archives de : juin 2009

Homme de paille

strawman

Définition : L’expression « homme de paille » désigne une technique en rhétorique qui consiste à présenter la position de son adversaire de façon volontairement erronée afin de la réfuter facilement.

Dans une discussion au sujet de la divinité de Jésus-Christ (lire ici), un lecteur a utilisé cette technique :

Et moi, à vous entendre, je dirais plutôt : non, Jésus tu mens ici, tu es égal au Père, et même plus, tu es aussi le Père.

Or, je n’ai jamais affirmé que Jésus est égal au Père dans le sens que Jésus est le Père (qui est un enseignement hérétique). Dans la Bible, le Père et le Fils ont les mêmes attributs, participent à une même essence. Jésus est engendré et non créé, consubstantiel au Père comme dit bien le Symbole Nicée-Constantinople (325 ap J-C). Mais le Père n’est pas le Fils et le Fils n’est pas le Père. Ils sont distincts.
La position qui m’est attribuée par mon contradicteur est une sorte de modalisme : le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont différents modes ou aspects d’un Dieu unique (ici P=F=ES). Position que je ne défends pas et qui n’est pas enseignée dans la Bible (lire Matthieu 3.16-17 si vous en doutez).

La technique de l’ »homme de paille » est parfois utilisée volontairement dans une discussion pour « déboulonner » quelqu’un facilement. Parfois, c’est involontaire (personne n’est à l’abri de déformer la position de son contradicteur). Je ne pense pas que le lecteur ait volontairement utilisé cette technique contre moi.
Cependant, le résultat est le même. La personne croit avoir réfuté la position de son opposant. Alors qu’en fait, elle a simplement « déboulonné » un homme de paille…

Lire aussi :

Chrétien au 21è siècle, un suicide intellectuel ? (1)

Alors que la série sur la divinité de Jésus touche bientôt à sa fin, on démarre deux nouvelles séries sur Raisons De Croire :
- la première porte sur la résurrection : Jonathan enquête sur la question de la résurrection de Jésus-Christ. Mythe ou réalité ? Faîtes vous une opinion en suivant la série.
- la deuxième est une série d’interviews de chrétiens. Thème : chrétien au 21è siècle, un suicide intellectuel ?

Et on commence aujourd’hui avec l’interview d’un ami de RDC :

EYatesEddy Yates, né en 1979, marié à Rachel et père d’un petit Nathan, a suivi une formation d’enseignant-chercheur en physique de l’atmosphère.

Il a étudié à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, et a fait de la recherche dans un laboratoire à Grenoble. Il s’implique en parallèle dans le Foyer Evangélique Universitaire (entre 2003 et 2006). Après avoir terminé sa thèse en hydrologie, il part avec sa femme à Genève pour suivre un an de formation à l’Institut Biblique de Genève entre 2006 et 2007.

Ils sont installés depuis 2007 à Lille, où ils travaillent pour le Foyer Evangélique Universitaire.


Question 1 : Eddy Yates, diriez-vous que vous avez commis un suicide intellectuel quand vous êtes devenu chrétien ?

Non, mon cerveau est toujours là, je pense qu’il marche aussi bien qu’avant… Il a même été stimulé par ma foi, puisqu’elle ouvre de larges champs d’investigations, sur qui est Dieu, ce qu’il veut, ce que ça change dans ma vie, dans ma vision du monde, dans mes relations avec les autres, etc…

Question 2 : Quelles questions vous ont particulièrement touché dans votre cheminement ? Comment en êtes-vous venu à accepter Jésus-Christ comme votre Sauveur personnel ? Y a-t-il eu des arguments qui ont joué un rôle particulier dans votre conversion ?

J’ai entendu parler de Jésus-Christ depuis mon enfance. Très tôt, je connaissais son histoire, mais je n’y voyais qu’une série d’événements complètement détachés de moi. Ce n’est qu’à l’adolescence que j’ai compris que ces événements avaient eu lieu pour moi (pas uniquement moi, mais quand même pour moi), et que ces événements m’interrogeaient, me plaçaient devant une décision. C’est un peu comme quand on étudie l’histoire à l’école. Petit, on voit ça comme une série de faits, dont la véracité ou non importe peu, tant qu’ils forment un récit qu’on peut raconter. Ce n’est que dans les plus grandes classes qu’on se rend compte que ces faits ont une cohérence, et qu’ils expliquent en partie notre monde actuel.
Bref, je connaissais l’histoire de Jésus. Je me souviens juste d’avoir demandé une fois à mon père comment on pouvait savoir que Dieu existait (j’avais bien remarqué que lui, contrairement aux autres, on ne pouvait pas le voir). Il s’est contenté de prier devant moi (il était croyant), en demandant à Dieu que je SACHE qu’il existe. Et je pense que Dieu a répondu à sa prière. Je ne dis pas que je ne me pose pas parfois la question de l’existence de Dieu. Ou, plus précisément, je me dis parfois « non, tout ça c’est une invention, ça ne tient pas la route ». Et puis, très vite, je réfléchis, et je m’aperçois que je ne gagne pas en cohérence en éliminant Dieu de ma vision du monde.
À l’adolescence, donc, il y a eu divers chocs dans ma vie. Ça m’a poussé à me poser des questions de base. Et d’abord, je pensais être chrétien, mais je n’avais jamais lu la Bible : ça me paraissait absurde. Alors je m’y suis mis. Entre mes lectures, et des discussions avec des croyants, j’ai compris que les faits que je connaissais sur Jésus s’inscrivaient dans un cadre, celui du projet de Dieu dans sa relation avec chaque humain. Forcément, ça m’a amené à la question : est-ce que j’entre dans ce projet, ou pas ? J’y suis entré, tout simplement.

Question 3 : Avez-vous l’impression, ou avez-vous eu l’impression que votre foi entrait en conflit avec vos études, votre domaine de recherche ?

La plupart des questions sont venues APRÈS ma conversion. Je veux dire, je ne me suis pas converti parce qu’on m’a prouvé quelque chose. Mais, en tant que chrétien, je me suis trouvé confronté à des questions, adressées par ceux qui me savaient chrétiens, ou tout simplement au travers de mon expérience.
Évidemment, puisque j’ai fait des études scientifiques, je me suis retrouvé face aux cours qui enseignent que les espèces actuelles sont le fruit d’une évolution à partir d’autres espèces. Je suis passé par plusieurs stades. D’abord, confiance en la science, en me disant que le message de la Bible n’avait pas vocation à être scientifique, et donc que le récit de la création n’était qu’une image. Mais très vite, cette vision de la Bible m’a paru très mauvaise : si je pouvais être juge de ce qui était réel ou imagé dans la Bible, c’est que ce livre n’était pas si grand qu’il prétendait l’être. On m’a ensuite donnée des arguments basés uniquement sur la Bible, qui permettaient une cohabitation avec la théorie de l’évolution. Ça m’a suffit pendant un certain temps. Et mes études scientifiques avançant, j’ai arrêté de prendre tous les cours comme vérité absolue, et j’ai vu beaucoup de choses bizarres dans la méthodologie évolutionniste, qui étaient rapidement mises de côté par ses tenants. Et puis ma connaissance de la Bible avançait aussi, et je trouvais d’autres objections, théologiques celles-là, à cette théorie. Bref, maintenant, ma position, c’est de me dire « d’après ce que je comprends de la Bible, je ne peux pas adhérer à cette théorie, qui, de toutes façons, ne me convainc pas sur le plan scientifique ». Ce qui veut dire que je peux changer sur ma position théologique, et que les spécialistes dans ce domaine scientifique peuvent aussi me faire changer. Donc, conflit, il y a eu, mais jamais insoluble.
Il y a certainement eu d’autres domaines, mais pas suffisamment problématiques pour que je m’en souvienne aujourd’hui.

Question 4 : Quel message aimeriez-vous adresser aux français(es) qui lisent cette interview ?

Les personnes avec qui je discute de la foi croient souvent qu’elles ne sont pas croyantes parce que la Bible ne leur paraît pas digne de confiance (ils l’imaginent bourrée de contradictions, démentie par la science…) ; alors que dans la discussion, je me rends compte qu’en fait, elles ne sont pas croyantes parce qu’elles n’ont aucune idée du contenu de la Bible, ou alors une idée complètement fantaisiste. On ne peut pas prendre une décision juste à cause de l’écho qu’on a eu d’un ami, collègue ou membre de la famille. On ne peut pas prendre une décision en lisant des revues de vulgarisation scientifique qui nous resservent régulièrement le même plat vulgaire titré « la Bible : réalité et mythes » (et toutes les variations qu’elles pourront inventer). Si vous voulez prendre une vraie décision (qu’elle soit foi ou rejet, d’ailleurs), ça va vous coûter un peu de travail : il faudra lire, étudier la Bible, et essayer de voir quel est son message central. La question de la foi est trop importante pour prendre une décision par défaut, celle de l’ignorance.

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La résurrection (1) – Introduction

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L’importance de la résurrection

La résurrection de Jésus n’est pas un dogme parmi d’autres, ou un des articles de foi du christianisme ; elle constitue l’essence même du christianisme. Sans résurrection, pas de christianisme !

Le théologien britannique Henry Parry Liddon a dit que

La foi en la résurrection est la clé de voûte de la foi chrétienne. Si on la supprime, tout doit inévitablement s’effondrer. »

Quand on étudie la résurrection, il est important de faire la distinction entre les faits et la meilleure explication de ces faits. Le poids de la preuve ne repose pas uniquement sur les épaules du croyant, mais aussi sur celles du sceptique qui doit pouvoir apporter une explication qui colle aux faits.

Concernant l’étude historique de la résurrection, le théologien allemand Wolfart Pannenberg affirme la chose suivante :

Que la résurrection de Jésus ait eu lieu ou non est une question historique et ici, la question historique est inéluctable. La question doit donc se trancher au niveau de l’argument historique. »

Principes d’examen d’affirmations historiques1

Comment étudier des affirmations historiques ? On peut citer cinq principes d’examen de ces affirmations.

a) Des sources multiples et indépendantes appuient les affirmations historiques

Quand un évènement ou une affirmation est confirmé par plus d’une source indépendante, il y a une bonne indication d’historicité.

b) L’attestation par un témoin hostile appuie les affirmations historiques

Si un témoin hostile confirme une affirmation alors qu’il ne sympathise pas avec la personne, le message ou la cause défendue par l’affirmation, c’est une indication d’authenticité.

c) Des déclarations embarassantes appuient les affirmations historiques

Un indicateur de l’authenticité d’un évènement ou d’une déclaration est qu’on ne s’attendrait pas à ce que la source invente l’histoire car elle compromet sa cause et affaiblit sa position.

d) Un témoignage oculaire appuie les affirmations historiques

Un témoignage oculaire a généralement une plus grande valeur qu’un témoignage de « seconde main ».

e) Un témoignage précoce appuie les affirmations historiques

Plus le laps de temps séparant l’évènement du récit de celui-ci est court, plus le témoin est fiable, car il y a moins de temps pour qu’une exagération ou même une légende s’immisce dans le récit.

L’approche dite des « faits minimaux »2

Cette approche ne prend en compte que les faits qui sont bien confirmés historiquement, de sorte que l’immense majorité des spécialistes, y compris les sceptiques, les admet.

Les données que nous présenterons répondent à deux critères :

- elles sont largement documentées

- presque tous les spécialistes les reconnaissent

Nous ne parlerons donc pas ici de la fiabilité des documents du Nouveau Testament (voir ici)ou de la divinité de Jésus (lire ici).

Notre argumentation s’articulera de la manière suivante:
1. Quels sont les faits historiques reconnus par la majorité des spécialistes ?
2. Quelles peuvent être les différentes explications de ces faits ?
3. Quelle en est la meilleure explication ?

1- Développé dans The case for the resurrection of Jesus; Gary R. Habermas et Michael R. Licona

2- Opus cit.

Lire aussi :

Commentaires – Charte de bonne conduite

Apple KeyboardDe plus en plus de personnes commentent nos articles sur le site RaisonsDeCroire (RDC) et nous nous en réjouissons. Vraiment. Cependant, nous estimons nécessaire aujourd’hui d’encadrer la pratique.

Nous sommes prêts à publier vos commentaires sans restrictions si :

- vous écrivez à propos du thème traité dans l’article. Trop souvent, des personnes, qui passent moins d’une minute sur notre site, se lâchent un bon coup sans raison sous l’article qu’elles ont sous la main. Par exemple, en dessous de l’article Le mythe « Jésus n’a jamais existé », on peut lire :

Chez nous au Québec, nous avons une expression fort drôle mais très puissante: “Ou il y a de l’homme, il y a de l’hommerie”. Les religions ont été créés par les hommes et ça vaut ce que ça vaut. C’est a dire pas grand chose. Aussi bien chercher ailleurs. Limitez-vous a ce qui est possible, au monde réel et à votre vie présente. Vous vous en porterez mieux.

Quel est le rapport avec l’article ?

Bien entendu, la conversation peut dériver un peu, mais quand un nouveau commentaire traite soudainement d’un sujet totalement déconnecté de ce qui a été écrit auparavant, il risque de dérouter les lecteurs. De la même façon, copier-coller un texte rédigé dans un autre contexte, pour un autre public, n’est pas pertinent.

- vous écrivez des commentaires de longueur raisonnable. Les commentaires trop longs sont pénibles à lire dans l’interface du blog, et ne sont donc absolument pas efficaces. Si vous voulez réagir longuement, faites-le sur votre propre blog et indiquez l’url de l’article en commentaire chez nous. Concrètement, nous ne diffuserons qu’exceptionnellement des commentaires de plus de 500 mots.

- vous débattez sur des idées et non sur des personnes. Nous ne pouvons accepter des critiques directes de précédents commentateurs, de personnes extérieures à la discussion … ni sur nous d’ailleurs. Certaines personnes nous mettent automatiquement dans la case créationniste-religieux-dogmatique-décérébré sous prétexte que nous croyons en l’existence de Dieu, en la Bible, en son Fils Jésus-Christ mort sur une croix et ressuscité pour pardonner nos fautes et restaurer une nouvelle relation entre Dieu et les hommes…
Et cela gratuitement sans même avoir lu notre blog !
Si vous avez des idées opposées aux nôtres : expliquez-les, argumentez-les et dialoguez. Vous êtes bienvenues !

- vous vous abstenez de faire simplement de la publicité pour vos sites. Si vous voulez faire connaître votre site, inscrivez son adresse dans le champ prévu à cet effet au moment de valider votre commentaire.

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