Chrétien au 21e siècle, un suicide intellectuel ? (5)

tHabermas_6_RGBGary Habermas (doctorat de l’Université de l’Etat du Michigan) est Professeur Distingué de Recherche et Directeur du Département de Philosophie et de Théologie de la Liberty University. Il enseigne également dans le programme de doctorat au Séminaire Théologique Baptiste de Liberty.
Il a publié 36 livres (dont 18 sur la résurrection de Jésus), le dernier en date étant Did the Resurrection happen ? (avec Antony Flew et David Baggett, publié chez InterVarsity Press).
D’autres sujets abordés comprennent le Jésus historique, la souffrance religieuse, et la souffrance personnelle.
Il a également écrit plus de 65 chapitres, essais ou articles parus dans d’autres livres, et plus de 100 articles publiés dans des revues et autres périodiques.
Il a été Professeur Associé ou Professeur Adjoint, enseignant plus de 40 cours dans 15 programmes de troisième cycle universitaire et séminaires, aux Etats-Unis et à l’étranger.
Vous pouvez consulter son site internet ici : www.GaryHabermas.com

Lire l’interview en anglais ici.

Question 1 : Gary Habermas, diriez-vous que vous avez commis un suicide intellectuel quand vous êtes devenu chrétien ?
Je suis devenu chrétien à un jeune âge, mais par la suite j’ai connu une très longue période de profond doute (lire plus bas). L’expérience et la poursuite de ces questions m’ont propulsées dans la recherche, durant plusieurs décennies de ma vie, de ce qu’on pourrait appeler les grandes questions de la vie. Après avoir écrit trente-six livres ainsi que des dizaines d’autres publications, et avoir participé à de nombreux débats, je dirais sans hésiter que j’ai plus confiance dans la vérité du christianisme aujourd’hui que jamais auparavant. Je dirais ainsi sans équivoque que, loin d’avoir commis un suicide intellectuel, je crois fermement que le christianisme explique la nature de l’univers bien mieux qu’aucune autre philosophie ou religion.

Question 2 : Quelles questions vous ont particulièrement touché dans votre cheminement ? Comment en êtes-vous venu à accepter Jésus-Christ comme votre Sauveur personnel ? Y a-t-il eu des arguments qui ont joué un rôle particulier dans votre conversion ?
En tant qu’enfant, j’avais mis ma confiance en Jésus-Christ, et j’ai été élevé dans un foyer chrétien. Mais arrivé à l’adolescence, j’ai commencé un très long pèlerinage qui a duré plus de dix ans. J’ai énormément lu et étudié, surtout dans les domaines de la philosophie, du libéralisme théologique dans l’Allemagne du XIXe siècle, et des religions du monde. Je me suis concentré en particulier sur le naturalisme philosophique et sur les idées de sceptiques comme le philosophe écossais David Hume, le théologien critique allemand David Strauss, le penseur français Ernest Renan, ainsi que sur le domaine de la mythologie antique. Pour moi, il ne s’agissait certainement pas de tout faire rentrer, coûte que coûte, dans une « boîte chrétienne ».
Les membres de ma famille et mes amis se rappelleront probablement sur quels chemins étranges mes recherches m’ont mené. Par beaucoup de recherches poussées, de visites personnelles et de discussions avec des croyants d’autres convictions, j’ai suivi des philosophies et des religions à la fois marginales et plus répandues.
Je discutais avec des chrétiens en leur disant qu’ils se trompaient à propos de la théologie fondamentale.
A un moment j’ai cru que j’étais en train de devenir bouddhiste et que j’avais déjà mis un pied dans cette foi.
Durant ces recherches, de nombreux sujets m’ont fasciné. Je me suis centré sur le domaine de l’apologétique, étudiant les arguments en faveur des systèmes chrétien et non chrétien. Ma conclusion fut que certains arguments en faveur du christianisme, bien que fascinants, ne pouvaient ni clore le débat ni poser les bases pour la foi. Et je rejetai catégoriquement certaines prétendues raisons pour être chrétien.
Parfois, je fus révolté de découvrir les raisons pour lesquelles les chrétiens croyaient ce qu’ils croyaient. Sans aucun doute, un sujet est ressorti du lot durant cette période comme étant plus prometteur qu’aucun autre : les arguments en faveur de la résurrection de Jésus.
Très vite, j’ai compris que si Jésus avait été ressuscité d’entre les morts dans l’histoire de l’espace et du temps, ce serait de très loin la plus forte indication que Jésus était qui il prétendait être.
Mais à cette époque, je n’avais connaissance ni des preuves en faveur de la résurrection ni de bonnes raisons permettant de conclure que Jésus se considérait être une divinité.
C’est seulement des années plus tard, après dix-huit livres sur le sujet ainsi que des débats et des dialogues avec certains des esprits les plus brillants du moment, que je fus convaincu que la résurrection était de loin la meilleure explication des faits historiques – faits sur lesquels la quasi-totalité des experts critiques s’accorde –, mais également que cet événement était la plus forte indication de l’identité de Jésus. Toute personne intéressée pourra se fournir certaines de ces études sur mon site internet : www.GaryHabermas.com

Question 3 : A quelles questions êtes-vous le plus souvent confronté dans le cadre de votre ministère ?
Occasionnellement, on me pose des questions concernant les faits, portant sur des sujets tels que la fiabilité du Nouveau Testament, les détails de la vie du Jésus historique, ou en particulier sa résurrection.
Je peux volontiers annoncer, après des décennies de recherche, que le christianisme s’en sort remarquablement bien quand il s’agit d’enquête historique sur ces questions.
Toutefois, on remarque rarement que les recherches soulignent le fait que la majorité des doutes religieux, y compris les nombreuses questions de non-croyants, a tendance à être de nature plus émotionnelle. Autrement dit, bien que les questions peuvent très souvent sembler être de nature plus factuelle, elles émanent très fréquemment d’états émotionnels désemparés. En tant que telles, ces questions ne trouvent de manière générale aucune réponse dans des considérations logiques. Les techniques les plus efficaces se rapprochent plutôt de celles qu’on enseigne dans des approches cognitives ou cognitivo comportementales.
On entend souvent dire que les plus grandes objections à la religion concernent des problèmes en lien avec la douleur et la souffrance personnelles. Mon point de vue sur la question a totalement changé quand mon épouse – nous étions mariés depuis vingt-trois ans – est morte d’un cancer en 1995. Je pensais que mes doutes feraient leur retour. Ce ne fut pas le cas, ce pour quoi je suis très reconnaissant envers Dieu.
Curieusement, les plaintes émotionnelles contre Dieu surviennent dans des périodes de souffrance personnelle.
Dans l’accumulation de témoignages de ceux ayant fait face à de terribles souffrances psychologiques, les objections ne réclament pas des réponses factuelles détaillées et dénuées de passion, telles qu’on pourrait en trouver dans un manuel, mais elles demandent des rectifications émotionnelles.
Encore une fois, les personnes intéressées par certains de ces détails pourront se fournir diverses conférences audio et vidéo sur www.GaryHabermas.com (on peut aussi y trouver mes deux livres épuisés sur le thème du doute religieux, sous l’onglet « Books »).

Question 4 : Quel message aimeriez-vous adresser aux Français(es) qui lisent cette interview ?
Dans une grande partie du monde occidental d’aujourd’hui, le naturalisme philosophique de divers acabits domine les sphères intellectuelles. Pourtant, il y a des signes qui montrent actuellement que la forteresse naturaliste est en train de s’effondrer. Par exemple, de nouvelles études dans les sciences cognitives défendent des approches différentes. Des domaines philosophiques qui étaient encore tabou il y a quelques dizaines d’années, comme ceux de l’existence de Dieu, d’un au-delà, ainsi que la prière d’intercession et même certaines histoires de « miracles », gagnent non seulement une popularité croissante, mais aussi un formidable soutien.
Si on y ajoute certains des domaines historiques mentionnés ici, comme la nature des écrits du Nouveau Testament, le Jésus historique, et en particulier la résurrection, on peut commencer à brosser un tableau complet du christianisme orthodoxe. Les temps présents sont réellement nouveaux et passionnants.
Mais même au-delà des préoccupations de logique, on a laissé entrevoir ci-dessus le fait que les besoins émotionnels pourraient être bien plus répandus aujourd’hui dans un monde affamé d’amour et de relation.
A mon avis, s’occuper de notre douleur émotionnelle nous aide à brosser un tableau complet en comblant le vide d’un paysage limité à la seule logique. Quand les deux sont réunies, il y a d’excellentes raisons de connaître la joie la plus profonde disponible aujourd’hui.

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  • http://paginca.blogspot.com Rouver Júnior

    Bonjour, Jonathan Kitt.

    Très bien par l’interview.

    Vous qui avez la fait?

    Rouver Júnior