Archives de : février 2010

Citation du dimanche: Anthony Giddens sur la religion

Premièrement, la religion ne devrait pas être confondue avec le monothéisme (…). La plupart des religions comprennent plusieurs divinités (…). Dans certaines religions, il n’y a même pas de dieu. Deuxièmement, la religion ne devrait pas être confondue avec les prescriptions morales qui régulent le comportement des croyants (…). Troisièmement, la religion ne se préoccupe pas nécessairement d’expliquer les origines du monde (…). Quatrièmement, la religion ne peut être confondue avec le surnaturel, comme si elle impliquait intrinséquement l’idée de l’existence d’un univers « par-delà le domaine des sens ».

Anthony Giddens, sociologue de l’université de Cambridge, Sociology, Oxford, Polity Press, 1989, p. 452.

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Les arguments théistes (4) – Argument moral

Le dernier des quatre arguments théistes « classiques » part du constat de l’existence d’une conscience morale innée, et pose la question de l’origine de cette conscience.

Dans le roman de Fédor Dostoïevski, l’un des frères Karamazov pose la question de la manière suivante : « Mais alors, que deviendra l’homme, sans Dieu et sans immortalité ? Tout est permis, par conséquent, tout est licite ? »1.

L’Homme peut-il être bon sans Dieu ?
La question n’est pas de savoir s’il faut croire en Dieu pour avoir un comportement qualifié de « moral » – la réponse nous paraît évidente – mais plutôt de savoir s’il existe des valeurs morales dites objectives, qui demeurent vraies sans que la culture ou les opinions personnelles n’influent sur leur véracité.

On pourrait formuler l’argument moral de la manière suivante :
1. Si Dieu n’existe pas, les valeurs morales objectives n’existent pas.
2. Les valeurs morales objectives existent.
3. Ainsi, Dieu existe.

Certains éthiciens et scientifiques expliquent que notre conscience morale n’a pas d’origine transcendentale, mais qu’elle peut s’expliquer par l’évolution socio-biologique : « La position de l’évolutionniste moderne … est que les humains ont une conscience de la moralité … parce qu’une telle conscience a un intérêt biologique. La moralité est une adaptation biologique au même titre que les mains, les pieds et les dents … Considérée comme une série rationnellement justifiable d’affirmations portant sur quelque chose d’objectif, l’éthique est une illusion. Je suis sensible au fait que quand quelqu’un dit ‘Aime ton prochain comme toi-même’, il pense se référer à quelque chose au-dessus et au-delà de lui-même … Néanmoins, … une telle référence est vraiment sans fondement. La moralité est juste une aide à la survie et à la reproduction, … et toute signification plus profonde est illusoire. »2

Pour répondre à cette explication naturaliste de la moralité, certains défenseurs d’une origine transcendantale de cette moralité soulèvent la question suivante : comment expliquer l’existence de comportements altruistes chez les êtres vivants, si notre conscience morale s’est développée par des processus de sélection naturelle ?

Dans sa Critique de la raison pratique, Emmanuel Kant développe la notion d’impératif catégorique. L’Homme « sent » qu’une action est bonne, et qu’il doit l’accomplir par respect pour la loi morale, sans tenir compte de son résultat ni de son intérêt personnel. C’est ce « sens du devoir » que Kant appelle impératif catégorique. Selon lui, trois principes, qu’il nomme postulats de la raison pratique, sont nécessaires à l’exercice de la loi morale : la liberté, l’immortalité de l’âme et l’existence de Dieu.

L’argument moral, en partant de l’existence de la loi morale, pointe vers l’existence d’un « législateur ».

Pour conclure cette série, nous aimerions poser la question suivante : quel est l’intérêt de tels arguments ? Nous avons en effet vu que l’ensemble des arguments ne prouve en rien l’existence de Dieu, raison pour laquelle il nous semble plus approprié de parler d’arguments que de preuves.
Nous pensons cependant que ces arguments peuvent montrer qu’il n’est pas irrationnel de croire en l’existence de Dieu. Plutôt que de fournir des raisons de croire, ces arguments peuvent – peut-être – donner des raisons en moins de ne pas croire !


1- DOSTOïEVSKI Fédor, Les frères Karamazov, Folio Classique, Paris, 1994, p. 740.
2- RUSE Michael, « Evolutionnary Theory and Christian Ethics », in The Darwinian Paradigm (London : Routledge, 1989), p. 262, 268-269), traduction libre.

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Citation du dimanche: C.S. Lewis sur l’impossibilité de prouver l’existence Dieu par la science

S’il existait hors de la nature une puissance régissant tout, elle ne pourrait se révéler à nous comme l’un des faits au sein de l’univers – pas plus que l’architecte d’une maison ne saurait être un mur, un escalier ou le foyer de cette demeure qu’il aurait conçu.

C.S. Lewis, Les fondements du Christianisme,Valence, Éditions LLB, 20066, p.40

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Comment Dieu peut-il commander des génocides dans l’Ancien Testament ? (2)

La dernière fois, nous avons vu qu’en tant que Créateur de l’univers, Dieu a des droits absolus sur toute sa création (Partie 1).

2. Dieu n’est pas seulement le Créateur, maître, et propriétaire de toutes choses, il est aussi juste dans tout ce qu’il fait.

Un jour, le patriarche Abraham posa à Dieu la même question que nous nous posons : « Celui qui juge toute la terre n’appliquera-t-il pas le droit ? » (Gen 18.25). La réponse évidente est : « Biensûr ! » De même, l’apôtre Paul demande : « Dieu est-il injuste ? » et s’empresse de répondre : « Certainement pas ! » La Bible met l’accent sur la justice de Dieu (Dt 32.4). D’un point de vue biblique, Dieu est juste !
Cependant, dans notre culture, il est courant de demander si ce que Dieu fait est juste ou non. De nos jours, on aimerait que Dieu aille sur le banc des accusés. Mais si on réfléchit un instant, le simple fait de se poser la question présuppose que nous sommes les juges : nous jugeons Dieu. Dieu doit se conformer à notre sens de la justice. S’il passe le test, alors il est bon, mais s’il ne passe pas, nous serons déçus par lui et commencerons à l’accuser. Fadaise !
Deutéronome 32.4 affirme : « toutes ses voies sont justes » par définition. Dans toutes ses actions, Dieu est juste. Penser l’inverse est pure arrogance. L’homme n’est pas la mesure de toutes choses.
Cependant, cela n’empêche pas un questionnement humble et une recherche qui a pour but une meilleure compréhension du plan de Dieu. S’il n’est pas légitime de se demander si les voies de Dieu sont justes, il est tout à fait approprié et édifiant de chercher à comprendre en quoi ses voies sont justes.

3. Nous méritons tous d’être jugés par Dieu et aucun de nous ne mérite sa grâce.

Comme noté ci-dessus, Dieu est absolument juste dans tout ce qu’il fait. La seule chose que nous méritions de Dieu, c’est la condamnation. Nous avons tous enfreint sa loi, nous nous sommes rebellés contre lui et ses voies. Sa justice divine requiert que nous recevions une punition divine en proportion de notre infraction. Si Dieu fait grâce, c’est son plaisir, mais il n’est pas nécessaire qu’il nous fasse grâce.
Il faut aussi noter que dans l’histoire biblique, quand Dieu exerce sa justice sur quelqu’un, c’est souvent pour faire grâce à quelqu’un d’autre. Par exemple, le déluge était le jugement exercé sur le monde mais Dieu a fait grâce à Noé, les dix plaies d’Égypte étaient un jugement de Dieu contre Pharaon mais une grâce pour le peuple hébreu… De même, la destruction des Cananéens était un acte de grâce en faveur d’Israël.

à suivre …

Cet article est une adaptation libre et partielle de How Could God Command Genocide in The Old Testament de Justin Taylor.

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Citation du dimanche: Madonna sur la peur de perdre le succès

J’ai une volonté de fer, et toute cette volonté m’a toujours servie pour conquérir des sentiments horribles d’inadéquation… Je dépasse cette phase et je me découvre moi-même comme un être humain spécial, et je passe ensuite par une autre phase où je pense que je suis médiocre et inintéressante… Encore et encore. Ma motivation dans la vie vient de cette horrible peur d’être médiocre. Ce sentiment est sans cesse entrain de me pousser, me pousser encore. Parce que même si je suis devenu Quelqu’un, je dois encore prouver que je suis Quelqu’un. Ma lutte n’a jamais cessé et ne cessera probablement jamais.

Lynn Hirshberg, « The Misfit », Vanity fair, April 1991, Volume 54, Issue 4, pp. 160-169, 196-202.

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Les arguments théistes – (3) Argument téléologique

L’argument téléologique1 – ou argument du dessein – déduit de l’ordre régnant dans l’univers l’existence d’un concepteur intelligent de cet univers. On trouve déjà cette notion d’ordre2 chez Platon et Aristote, pour qui l’observation des étoiles conduisait à une réflexion sur une intelligence derrière l’univers.

La formulation la plus célèbre de l’argument celle que l’on trouve dans ce qui est devenu connu comme « l’argument de l’horloger ».

« En traversant une bruyère, supposons que je trébuche sur une pierre, et qu’on me demande comment la pierre se trouvait là. Je pourrais répondre que, à preuve du contraire, elle avait toujours été là, et peut-être serait-il alors difficile de démontrer l’absurdité de cet argument. Mais supposons que j’aie trouvé une montre par terre, et que l’on s’enquière de savoir comment la montre vint à se trouver en cet endroit. Il ne me viendrait pas à l’esprit de penser à la réponse que j’avais donnée précédemment : que du mieux que je sache, la montre avait dû toujours être là … La montre avait dû avoir un fabricant : il a dû exister, à un certain moment, à un certain endroit, que sais-je, un artisan ou plusieurs, qui la façonnèrent pour l’usage que l’on connaît, qui comprenaient son assemblage et conçurent son usage … Toute trace d’invention, toute expression de créativité qui se trouvaient dans la montre, existent (également) dans l’oeuvre de la nature, avec cette distinction que dans le naturel, celles-ci sont bien plus prononcées, et cela d’une manière qui dépasse tout entendement. »3

Même si nous ne connaissons rien de la fabrication d’une montre, de son mécanisme de fonctionnement, ou si celle-ci connaît par moments des ratés, nous reconnaissons que derrière le mécanisme de la montre se trouve une intelligence qui a conçu cette montre dans un but précis.

Selon Paley, si nous concluons qu’un concepteur est à l’origine de la montre, nous devrions de manière similaire conclure qu’il y a une intelligence derrière l’univers.

L’argument téléologique a, comme l’argument cosmologique, été remis sur le devant de la scène suite aux découvertes scientifiques récentes concernant le réglage fin et précis4 des constantes physiques nécessaire à l’apparition de la vie. Pourquoi les constantes ont-elles les valeurs qu’elles ont ? Pourquoi les rapports entre certains paramètres sont-ils si précisément réglés ?

Le philosophe écossais David Hume a souligné les faiblesses de l’argument téléologique5. Citons trois des principales objections à l’argument téléologique.

1. L’observation d’un dessein dans l’univers ne suffit pas à inférer que c’est Dieu qui en est l’origine.

2. Dire qu’il y a un « concepteur intelligent » derrière le réglage fin de l’univers mène à une régression infinie de causes : qui a conçu le concepteur ?

3. L’argument fonctionne par analogie à une machine. Mais pourquoi comparer l’univers à une machine ?

On trouve cette notion de dessein dans le mouvement du « Dessein Intelligent », dont les défenseurs affirment qu’il y a certaines choses qu’on ne peut pas expliquer simplement par des processus darwiniens, et qu’il est raisonnable d’inférer l’existence d’un concepteur intelligent. Ce débat autour du Dessein Intelligent, qui a fait couler beaucoup d’encre outre-Atlantique, commence à se répandre depuis quelques année en Europe.


1- Du grec telos, fin, but.
2- Cosmos en grec, par opposition au chaos.
3- William Paley, Natural Theology on Evidence and Attributes of Deity.
4- Fine tuning en anglais.
5- David Hume, Dialogues Concerning Natural Religion.

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Citation du dimanche : Richard Dawkins sur Dieu

« On peut dire que, de toutes les oeuvres de fiction, le Dieu de la Bible est le personnage le plus déplaisant : jaloux et fier de l’être, il est impitoyable, injuste et tracassier dans son obsession de tout régenter; adepte du nettoyage ethnique, c’est un revanchard assoifé de sang; tyran lunatique et malveillant, ce misogyne homophobe, raciste, pestilentiel, mégalomane et sadomasochiste pratique l’infanticide, le génocide et le « filicide ». »

- Richard Dawkins, Pour en finir avec Dieu, 2006, éd. Robert Laffont, 2008, p. 38.

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Sommaire: Top 10

Y a pas que la NBA qui a droit à un top 10, RDC aussi… Ce mois-ci, nous vous proposons un petit classement des articles les plus consultés sur RDC. C’est une occasion de découvrir ou de redécouvrir ces articles:

10. Le nouvel athéisme
9. Richard Dawkins fait une concession
8. Einstein et le problème du mal
7. Résurrection : Les faits historiques 1/2
6. Dialogue avec un sceptique : 4 preuves que souhaitent un athée pour croire en l’existence de Dieu…
5. Pourquoi le débat Création/Évolution est un terrain miné
4. Dieu existe-t-il ?
3. Science et religions sont-elles incompatibles ?
2. Le mythe « Jésus n’a jamais existé »
1. Peut-on démontrer l’existence de Dieu ?

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