L’argument téléologique1 – ou argument du dessein – déduit de l’ordre régnant dans l’univers l’existence d’un concepteur intelligent de cet univers. On trouve déjà cette notion d’ordre2 chez Platon et Aristote, pour qui l’observation des étoiles conduisait à une réflexion sur une intelligence derrière l’univers.
La formulation la plus célèbre de l’argument celle que l’on trouve dans ce qui est devenu connu comme « l’argument de l’horloger ».
« En traversant une bruyère, supposons que je trébuche sur une pierre, et qu’on me demande comment la pierre se trouvait là. Je pourrais répondre que, à preuve du contraire, elle avait toujours été là, et peut-être serait-il alors difficile de démontrer l’absurdité de cet argument. Mais supposons que j’aie trouvé une montre par terre, et que l’on s’enquière de savoir comment la montre vint à se trouver en cet endroit. Il ne me viendrait pas à l’esprit de penser à la réponse que j’avais donnée précédemment : que du mieux que je sache, la montre avait dû toujours être là … La montre avait dû avoir un fabricant : il a dû exister, à un certain moment, à un certain endroit, que sais-je, un artisan ou plusieurs, qui la façonnèrent pour l’usage que l’on connaît, qui comprenaient son assemblage et conçurent son usage … Toute trace d’invention, toute expression de créativité qui se trouvaient dans la montre, existent (également) dans l’oeuvre de la nature, avec cette distinction que dans le naturel, celles-ci sont bien plus prononcées, et cela d’une manière qui dépasse tout entendement. »3
Même si nous ne connaissons rien de la fabrication d’une montre, de son mécanisme de fonctionnement, ou si celle-ci connaît par moments des ratés, nous reconnaissons que derrière le mécanisme de la montre se trouve une intelligence qui a conçu cette montre dans un but précis.
Selon Paley, si nous concluons qu’un concepteur est à l’origine de la montre, nous devrions de manière similaire conclure qu’il y a une intelligence derrière l’univers.
L’argument téléologique a, comme l’argument cosmologique, été remis sur le devant de la scène suite aux découvertes scientifiques récentes concernant le réglage fin et précis4 des constantes physiques nécessaire à l’apparition de la vie. Pourquoi les constantes ont-elles les valeurs qu’elles ont ? Pourquoi les rapports entre certains paramètres sont-ils si précisément réglés ?
Le philosophe écossais David Hume a souligné les faiblesses de l’argument téléologique5. Citons trois des principales objections à l’argument téléologique.
1. L’observation d’un dessein dans l’univers ne suffit pas à inférer que c’est Dieu qui en est l’origine.
2. Dire qu’il y a un « concepteur intelligent » derrière le réglage fin de l’univers mène à une régression infinie de causes : qui a conçu le concepteur ?
3. L’argument fonctionne par analogie à une machine. Mais pourquoi comparer l’univers à une machine ?
On trouve cette notion de dessein dans le mouvement du « Dessein Intelligent », dont les défenseurs affirment qu’il y a certaines choses qu’on ne peut pas expliquer simplement par des processus darwiniens, et qu’il est raisonnable d’inférer l’existence d’un concepteur intelligent. Ce débat autour du Dessein Intelligent, qui a fait couler beaucoup d’encre outre-Atlantique, commence à se répandre depuis quelques année en Europe.
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1- Du grec telos, fin, but.
2- Cosmos en grec, par opposition au chaos.
3- William Paley, Natural Theology on Evidence and Attributes of Deity.
4- Fine tuning en anglais.
5- David Hume, Dialogues Concerning Natural Religion.





