Beaucoup de personnes pensent que l’obligation morale peut simplement s’expliquer par le processus de sélection naturelle : les personnes altruistes, généreuses et coopératives, ont survécu en plus grand nombre que les personnes égoïstes et cruelles. Du coup, des gènes altruistes sont apparus et nous ont été transmis. Aujourd’hui, la grande majorité d’entre nous pense qu’il est bon et juste d’avoir un comportement moral. Mieux vaut aider son prochain que de le tuer, car au final on risque soi-même de se faire tuer et d’anéantir notre espèce.

Seulement, il y a plusieurs problèmes avec cette théorie qui superficiellement semble juste.

Premièrement, selon ce point de vue, le comportement altruiste des individus envers leurs semblables aurait augmenté leur taux de survie. Leurs gènes se seraient alors modifiés et un comportement altruiste se serait transmis dans cette même famille.
Cependant, selon le point de vue évolutionniste classique, la réaction opposée consistant à exclure toutes personnes extérieures au groupe devrait être aussi considérée comme bonne et juste.
Mais dans la pratique, ce n’est pas ce que l’on observe. Si quelqu’un n’appartenant pas à notre clan, famille ou tribu est en danger, il est très probable qu’on aille le secourir sous peine de se sentir coupable et honteux. Quitte à se sacrifier pour cette personne. Comment cette caractéristique aurait-elle pu se transmettre au moyen de la sélection naturelle ? Dans un processus évolutionniste, ce comportement aurait dû disparaître puisqu’il ne favorise pas la survie d’un groupe. Les individus ayant cette disposition génétique seraient mort (en sacrifice) avec leurs gènes. Or, il est bien présent dans la société actuelle. Le paradigme est donc trop étroit pour expliquer ce comportement.

Deuxièmement, certains pensent qu’un comportement désintéressé apporte à son auteur de nombreux avantages réciproques indirects de la part des bénéficiaires. L’amour, l’affection ou l’entraide : mieux vaut aider son prochain, car un jour, un autre peut nous aider à notre tour. Soit, mais cela n’explique pas les motivations à accomplir des actes dont personne ne saura rien. Si je donne ou aide sans être vu, comment les autres pourront savoir que je suis altruiste ? Comment pourrait-il me communiquer de l’amour et de l’affection puisqu’ils ne sont pas au courant de mon geste ?

Troisièmement, des auteurs ont remarqué qu’une attitude de sacrifice profite à l’ensemble d’un groupe en permettant à ce groupe tout entier de transmettre son code génétique. L’exemple classique dans ce domaine est celui des fourmis. Les ouvrières stériles travaillent constamment pour créer un environnement où leurs mères peuvent avoir des enfants. Mais ce genre d’ « altruisme » est facilement expliqué en terme évolutionnaire par le fait que les gènes stimulant l’ouvrière stérile sont exactement les mêmes que ceux transmis à leurs mères aux enfants qu’elles sont entrain de créer. Cependant, dans les milieux scientifiques, il est communément admis que la sélection naturelle n’opère pas au sein de population complète. Ça ne marche pas comme ça. Le comportement électrique de l’ouvrière est donc différent de la voix intérieure qui nous pousse à être altruiste.

La théorie évolutionniste de l’obligation morale peine donc à expliquer le sens moral humain. Face à cette théorie en crise, il est préférable d’admettre qu’il existe au sein de chaque être humain une loi morale accordée par un législateur appelé Dieu.

Inspiré de Tim Keller, La Raison est pour Dieu, p. 163-164 que vous pouvez vous procurer en suivant ce lien.