Ancien de Normal’Sup Lyon, Benoît Hébert est agrégé de physique, titulaire du Master de Physique de l’Ecole Normale Supérieure de Lyon. Après un temps de recherche au sein de plusieurs laboratoires, dont le Laboratoire de Mécanique des Fluides d’Harvard (E.U.), le Centre de Recherche Paul Pascal (CNRS de Bordeaux) et le Laboratoire de Physique de la Matière Condensée de l’Ecole Polytechnique (Palaiseau), il publie ses recherches dans le Journal of Acoustical Society of America. Il s’oriente ensuite vers l’enseignement en classe préparatoire. Il est actuellement professeur de physique en « math spé. » à Valenciennes, il fait aussi partie de l’équipe pastorale de l’église évangélique dont il est membre. En 2009, il a fondé le site évangélique de réflexion Science et foi
Question 1 : Benoît Hébert, diriez-vous que vous avez commis un suicide intellectuel quand vous êtes devenu chrétien ?
Devenir chrétien est paradoxal. D’un côté, j’ai mis ma foi dans un message que l’apôtre Paul qualifiait lui-même de « folie » : Dieu s’est incarné dans un homme, Jésus-Christ, dont la mission était de mourir sur une croix et de ressusciter pour que mon péché puisse être pardonné. D’un autre côté, en devenant chrétien, mon existence, le monde et son histoire ont enfin pris tout leur sens et leur relief, un peu comme quand quelqu’un passe d’un film en 2D à sa version en 3D !
Ce cheminement spirituel est aussi une découverte de Dieu, de soi et des autres. Ma foi a des fondements certains, mais c’est aussi une quête permanente sur un bon nombre de questions. En voici une : pourquoi est-ce que je crois ce que je crois ? Tout croyant évolue dans un certain contexte, avec une tradition d’interprétation de la Bible, et c’est un point de départ indispensable. J’ai pourtant pris le parti de ne pas adhérer à telle ou telle croyance sur cette unique base. Ceci m’amène à des remises en question régulières et me conduit à réformer mes idées. De ce point de vue là, l’étude de la Parole de Dieu – la Bible – , et celle des œuvres de Dieu – la nature – me comblent d’un point de vue intellectuel et spirituel.
Question 2 : Quelles questions vous ont particulièrement touché dans votre cheminement ? Comment en êtes-vous venu à accepter Jésus-Christ comme votre Sauveur personnel ? Y a-t-il eu des arguments qui ont joué un rôle particulier dans votre conversion ?
J’ai fait une expérience de « conversion » à l’âge de 15 ans. Assez jeune, j’étais déjà préoccupé par des questions existentielles à propos du sens de ma vie, de l’existence de Dieu, du bien et du mal, de la mort … Certaines paroles de Jésus résonnaient très fort en moi, comme « Que servirait-il à un homme de gagner le monde entier s’il perdait son âme ? » ou bien « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi. » Je crois que la pensée de l’Ecclésiaste résumait assez ma vision du monde : « Vanité des vanités, tout est dérisoire. ». En gros, mon cheminement a été de réaliser que, quelle que soit ma réussite humaine, ma vie n’aurait véritablement de sens que dans l’accomplissement de la volonté de mon Créateur. J’avais aussi la conviction que cette volonté ne s’imposait pas à moi, mais qu’elle était l’expression de son amour.
A l’âge de 15 ans donc, suite à une crise existentielle et une angoisse profonde de ce que pourrait être mon avenir terrestre et éternel sans la présence de Dieu, j’ai répondu à l’appel intérieur du Saint-Esprit à me tourner vers Jésus. La paix de Dieu et la confiance dans l’avenir qu’il me propose de m’ont pas quitté depuis.
Question 3 : Avez-vous l’impression, ou avez-vous eu l’impression que votre foi entrait en conflit avec vos études, votre domaine de recherche ?
En terminale, la tentative de mon professeur de philosophie de démontrer que l’existence d’un Dieu d’amour était incompatible avec l’expérience humaine souvent marquée par la souffrance m’a choquée. Je conçois qu’il y ait un mystère fondamental à l’existence du mal, même pour un chrétien, mais je trouvais profondément malhonnête intellectuellement et même contraire au principe de laïcité ce type de démarche. A ce moment là, j’ai réalisé la nécessité d’avoir une foi construite solidement.
Au cours de mes études en physique fondamentale (après 3 ans de classes préparatoires, j’ai intégré l’Ecole Normale Supérieure de Lyon), le sentiment de découvrir les lois naturelles inscrites dans l’univers par le Créateur l’a emporté sur toute autre forme de considération et n’a fait que renforcer mon adoration.
Plus récemment, je me suis passionné à propos des rapports entre la science et la foi. Ma réflexion m’a conduit en terrain inconnu, en particulier à propos de ma lecture de Genèse 1-11. C’est ce que je partage sur le site Science et foi et sur le blog Création et évolution, en collaboration avec la Fondation BioLogos fondée par Francis Collins. La fréquentation de ces deux sites me montre que cette réflexion suscite un véritable intérêt chez ceux qui sont en recherche sur ces questions, croyants ou non.
Question 4 : Quel message aimeriez-vous adresser aux français(es) qui lisent cette interview ?
Il est tout simplement possible d’être heureux et satisfait intérieurement au XXIème siècle en France. La plupart de nos concitoyens pensent qu’ils n’ont pas besoin de Dieu pour cela, et pourtant notre consommation toujours plus forte de médicaments ou d’alcool montre le contraire. Alors que nous vivons dans un pays de relative prospérité et de sécurité, notre société est malade moralement et en manque de repère spirituel. De plus en plus de Français réalisent que la réussite matérielle et la recherche de plaisir ne donne pas de sens à leur vie. Ma conviction profonde est qu’à moins qu’ils ne trouvent leur identité en Jésus, le bonheur véritable leur échappera toujours.





Le meilleur moyen pour un scientifique de jeter le discrédit sur lui-même et sur sa profession consiste à déclarer sans ambages – en particulier quand une telle déclaration n’est pas nécessaire – que la science connaît, ou qu’elle connaîtra bientôt, les réponses à toutes les questions dignes d’être posées, et que les questions qui n’admettent pas une réponse scientifique sont en quelque sorte des non-questions ou des « pseudo-questions » que seules les personnes simples d’esprit posent et auxquelles seuls les crédules prétendent être en mesure de répondre. » 





