Citation du dimanche : Stephen Jay Gould sur « science et religion »

Si la science a réellement un ennemi, ce n’est pas la religion, mais l’irrationalisme ».

- Stephen Jay Gould, paléontologiste américain, Darwin et les grandes énigmes de la vie – Réflexions sur l’histoire naturelle, Paris, éd. du Seuil, 1997, p.151.

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Prochaine série : à vous de jouer !

Pour la prochaine série d’articles, qui aura pour thème Objections à la foi chrétienne, nous allons vous mettre à contribution !

Que vous soyez croyants ou non, vous avez sans doute des « questions qui tuent » concernant la foi chrétienne. Que vous vous soyez posé ces questions, que vous vous les posiez actuellement, ou que vous ayez entendu ces questions lors de discussions, faites-nous en part dans un commentaire.

Nous laisserons ce sondage ouvert jusqu’au lundi 28 mars, et aborderons le Top 10 des questions posées.

Les auteurs.

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Les arguments théistes (4) – Argument moral

Le dernier des quatre arguments théistes « classiques » part du constat de l’existence d’une conscience morale innée, et pose la question de l’origine de cette conscience.

Dans le roman de Fédor Dostoïevski, l’un des frères Karamazov pose la question de la manière suivante : « Mais alors, que deviendra l’homme, sans Dieu et sans immortalité ? Tout est permis, par conséquent, tout est licite ? »1.

L’Homme peut-il être bon sans Dieu ?
La question n’est pas de savoir s’il faut croire en Dieu pour avoir un comportement qualifié de « moral » – la réponse nous paraît évidente – mais plutôt de savoir s’il existe des valeurs morales dites objectives, qui demeurent vraies sans que la culture ou les opinions personnelles n’influent sur leur véracité.

On pourrait formuler l’argument moral de la manière suivante :
1. Si Dieu n’existe pas, les valeurs morales objectives n’existent pas.
2. Les valeurs morales objectives existent.
3. Ainsi, Dieu existe.

Certains éthiciens et scientifiques expliquent que notre conscience morale n’a pas d’origine transcendentale, mais qu’elle peut s’expliquer par l’évolution socio-biologique : « La position de l’évolutionniste moderne … est que les humains ont une conscience de la moralité … parce qu’une telle conscience a un intérêt biologique. La moralité est une adaptation biologique au même titre que les mains, les pieds et les dents … Considérée comme une série rationnellement justifiable d’affirmations portant sur quelque chose d’objectif, l’éthique est une illusion. Je suis sensible au fait que quand quelqu’un dit ‘Aime ton prochain comme toi-même’, il pense se référer à quelque chose au-dessus et au-delà de lui-même … Néanmoins, … une telle référence est vraiment sans fondement. La moralité est juste une aide à la survie et à la reproduction, … et toute signification plus profonde est illusoire. »2

Pour répondre à cette explication naturaliste de la moralité, certains défenseurs d’une origine transcendantale de cette moralité soulèvent la question suivante : comment expliquer l’existence de comportements altruistes chez les êtres vivants, si notre conscience morale s’est développée par des processus de sélection naturelle ?

Dans sa Critique de la raison pratique, Emmanuel Kant développe la notion d’impératif catégorique. L’Homme « sent » qu’une action est bonne, et qu’il doit l’accomplir par respect pour la loi morale, sans tenir compte de son résultat ni de son intérêt personnel. C’est ce « sens du devoir » que Kant appelle impératif catégorique. Selon lui, trois principes, qu’il nomme postulats de la raison pratique, sont nécessaires à l’exercice de la loi morale : la liberté, l’immortalité de l’âme et l’existence de Dieu.

L’argument moral, en partant de l’existence de la loi morale, pointe vers l’existence d’un « législateur ».

Pour conclure cette série, nous aimerions poser la question suivante : quel est l’intérêt de tels arguments ? Nous avons en effet vu que l’ensemble des arguments ne prouve en rien l’existence de Dieu, raison pour laquelle il nous semble plus approprié de parler d’arguments que de preuves.
Nous pensons cependant que ces arguments peuvent montrer qu’il n’est pas irrationnel de croire en l’existence de Dieu. Plutôt que de fournir des raisons de croire, ces arguments peuvent – peut-être – donner des raisons en moins de ne pas croire !


1- DOSTOïEVSKI Fédor, Les frères Karamazov, Folio Classique, Paris, 1994, p. 740.
2- RUSE Michael, « Evolutionnary Theory and Christian Ethics », in The Darwinian Paradigm (London : Routledge, 1989), p. 262, 268-269), traduction libre.

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Les arguments théistes – (3) Argument téléologique

L’argument téléologique1 – ou argument du dessein – déduit de l’ordre régnant dans l’univers l’existence d’un concepteur intelligent de cet univers. On trouve déjà cette notion d’ordre2 chez Platon et Aristote, pour qui l’observation des étoiles conduisait à une réflexion sur une intelligence derrière l’univers.

La formulation la plus célèbre de l’argument celle que l’on trouve dans ce qui est devenu connu comme « l’argument de l’horloger ».

« En traversant une bruyère, supposons que je trébuche sur une pierre, et qu’on me demande comment la pierre se trouvait là. Je pourrais répondre que, à preuve du contraire, elle avait toujours été là, et peut-être serait-il alors difficile de démontrer l’absurdité de cet argument. Mais supposons que j’aie trouvé une montre par terre, et que l’on s’enquière de savoir comment la montre vint à se trouver en cet endroit. Il ne me viendrait pas à l’esprit de penser à la réponse que j’avais donnée précédemment : que du mieux que je sache, la montre avait dû toujours être là … La montre avait dû avoir un fabricant : il a dû exister, à un certain moment, à un certain endroit, que sais-je, un artisan ou plusieurs, qui la façonnèrent pour l’usage que l’on connaît, qui comprenaient son assemblage et conçurent son usage … Toute trace d’invention, toute expression de créativité qui se trouvaient dans la montre, existent (également) dans l’oeuvre de la nature, avec cette distinction que dans le naturel, celles-ci sont bien plus prononcées, et cela d’une manière qui dépasse tout entendement. »3

Même si nous ne connaissons rien de la fabrication d’une montre, de son mécanisme de fonctionnement, ou si celle-ci connaît par moments des ratés, nous reconnaissons que derrière le mécanisme de la montre se trouve une intelligence qui a conçu cette montre dans un but précis.

Selon Paley, si nous concluons qu’un concepteur est à l’origine de la montre, nous devrions de manière similaire conclure qu’il y a une intelligence derrière l’univers.

L’argument téléologique a, comme l’argument cosmologique, été remis sur le devant de la scène suite aux découvertes scientifiques récentes concernant le réglage fin et précis4 des constantes physiques nécessaire à l’apparition de la vie. Pourquoi les constantes ont-elles les valeurs qu’elles ont ? Pourquoi les rapports entre certains paramètres sont-ils si précisément réglés ?

Le philosophe écossais David Hume a souligné les faiblesses de l’argument téléologique5. Citons trois des principales objections à l’argument téléologique.

1. L’observation d’un dessein dans l’univers ne suffit pas à inférer que c’est Dieu qui en est l’origine.

2. Dire qu’il y a un « concepteur intelligent » derrière le réglage fin de l’univers mène à une régression infinie de causes : qui a conçu le concepteur ?

3. L’argument fonctionne par analogie à une machine. Mais pourquoi comparer l’univers à une machine ?

On trouve cette notion de dessein dans le mouvement du « Dessein Intelligent », dont les défenseurs affirment qu’il y a certaines choses qu’on ne peut pas expliquer simplement par des processus darwiniens, et qu’il est raisonnable d’inférer l’existence d’un concepteur intelligent. Ce débat autour du Dessein Intelligent, qui a fait couler beaucoup d’encre outre-Atlantique, commence à se répandre depuis quelques année en Europe.


1- Du grec telos, fin, but.
2- Cosmos en grec, par opposition au chaos.
3- William Paley, Natural Theology on Evidence and Attributes of Deity.
4- Fine tuning en anglais.
5- David Hume, Dialogues Concerning Natural Religion.

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Citation du dimanche : Richard Dawkins sur Dieu

« On peut dire que, de toutes les oeuvres de fiction, le Dieu de la Bible est le personnage le plus déplaisant : jaloux et fier de l’être, il est impitoyable, injuste et tracassier dans son obsession de tout régenter; adepte du nettoyage ethnique, c’est un revanchard assoifé de sang; tyran lunatique et malveillant, ce misogyne homophobe, raciste, pestilentiel, mégalomane et sadomasochiste pratique l’infanticide, le génocide et le « filicide ». »

- Richard Dawkins, Pour en finir avec Dieu, 2006, éd. Robert Laffont, 2008, p. 38.

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Citation du dimanche : Emmanuel Kant sur la loi morale

« Deux choses remplissent mon esprit d’une admiration et d’un respect incessants : le ciel étoilé au dessus de moi et la loi morale en moi. »

- Emmanuel Kant, Critique de la raison pratique, 1788.

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Les arguments théistes – (2) Argument cosmologique


Alors que l’argument ontologique cherche à établir l’existence de Dieu en partant de sa définition, l’argument cosmologique part de l’observation du monde pour en déduire l’existence de Dieu – il s’agit donc d’un argument a posteriori. L’argument, qui trouve son origine chez Platon et Aristote, a été défendu par des penseurs tels que Al-Ghazali, Thomas d’Aquin et Leibniz. Nous examinerons deux « versions » de l’argument cosmologique : l’argument tel qu’il est formulé par Thomas d’Aquin (1224-1274), et l’argument cosmologique dit du kalam.

Dans sa Somme Théologique, Thomas d’Aquin expose cinq voies qu’on peut emprunter pour démontrer l’existence de Dieu. Dans le cadre de l’argument cosmologique nous étudierons les trois premières voies1:
1. La voie par le mouvement : « Il est évident, nos sens nous l’attestent, que dans ce monde certaines choses se meuvent. Or , tout ce qui se meut est mû par un autre. [...] Il est nécessaire de parvenir à un moteur premier qui ne soit lui-même mû par aucun autre, et un tel être, tout le monde comprend que c’est Dieu. »
2. La voie par la cause : « Il y a un ordre entre les causes efficientes. [...] Si l’on devait monter à l’infini dans la série des causes efficientes, il n’y aurait pas de cause première. [...] Il faut donc nécessairement affirmer qu’il existe une cause efficiente première, que tous appellent Dieu. »
3. La voie par la contingence : « Certaines choses naissent et disparaissent, et par conséquent ont la possibilité d’exister et de ne pas exister. [...] On est donc contraint d’affirmer l’existence d’un Être nécessaire par lui-même, qui ne tire pas d’ailleurs sa nécessité, mais qui est cause de la nécessité que l’on trouve hors de lui, et que tous appellent Dieu. »2

Thomas d’Aquin s’appuie en particulier sur la notion de l’impossibilité de régression infinie de causes, notion qui soulève un certain nombre de questions.
La voie par le mouvement, par exemple, postule l’existence nécessaire d’un premier moteur non-mû, sans que cette existence ne puisse être démontrée autrement que par le raisonnement.
Et pourquoi cet argument mènerait-il à l’existence d’un Dieu unique ? Dieu, s’Il existe, n’aurait-Il pas simplement « remonté l’horloge » de l’univers ?

L’argument cosmologique dit du kalam3, qui nous vient de la philosophie médiévale arabe, insiste lui aussi sur la notion de causalité.On peut formaliser cet argument de la manière suivante :

1. Tout ce qui commence à exister a une cause.
2. L’univers a commencé à exister.
3. Ainsi, l’univers a une cause.

La théorie du Big Bang, stipulant l’origine de l’univers dans une « singularité » et infirmant la notion d’éternité de l’univers, a donné une vitalité nouvelle à cette formulation de l’argument cosmologique, en fournissant à la seconde prémisse un fondement scientifique.


1- Les quatrième et cinquième voies se rapportent respectivement à l’argument moral et à l’argument téléologique.
2- Somme théologique, Partie Ia, Question 2 – L’existence de Dieu; Article 3 – Dieu existe-t-il ?
3- Terme arabe traduit par discours.

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Citation du dimanche : Erwin Schrödinger sur la science

« Je suis stupéfait de constater à quel point l’image scientifique du monde réel autour de moi est déficiente. Elle nous fournit quantité d’informations factuelles, ordonne toutes nos expériences de manière magnifiquement cohérente, mais elle est horriblement silencieuse quant à toute cette diversité de choses qui nous tiennent effectivement à cœur et qui nous importent réellement. Elle ne peut rien nous dire à propos du rouge et du bleu, de l’amer et du sucré, de la douleur physique et du plaisir physique ; elle ne connaît rien du beau et du laid, du bon ou du mauvais, de Dieu et de l’éternité. La science prétend parfois répondre à des questions dans ces domaines, mais les réponses sont très souvent si ridicules que nous ne sommes pas enclin à les prendre au sérieux. »

- Erwin Schrödinger, Nature and the Greeks, 1954.

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Citation du dimanche : G. K. Chesterton sur la tolérance

« La tolérance est la vertu de l’homme sans conviction. »

- Gilbert Keith Chesterton.

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Les arguments théistes – (1) Argument ontologique

L’argument ontologique1 consiste à établir l’existence de Dieu par la seule analyse de sa définition ou de son essence. On parle ainsi d’argument a priori – à la différence des autres arguments théistes, a posteriori, qui reposent sur l’observation du monde.

Voici l’argument ontologique, tel qu’il est formulé par Saint Anselme de Cantorbéry (1033-1109) :

La foi nous dit que vous êtes l’être par excellence, l’être au-dessus duquel la pensée ne peut rien concevoir.
« L’insensé a dit dans son cœur : II n’y a point de Dieu » ; a-t-il dit vrai ? [...] L’insensé lui-même, en entendant parler d’un être supérieur à tous les autres et au-dessus duquel la pensée ne peut rien concevoir, comprend nécessairement ce qu’il entend ; or, ce qu’il comprend existe dans son esprit, bien qu’il en ignore l’existence extérieure. Car autre chose est l’existence d’un objet dans l’intelligence, autre chose la notion de l’existence de cet objet. [...] Or, cet être suprême au-dessus duquel la pensée ne peut rien concevoir ne saurait exister dans l’intelligence seule ; car, en supposant que cela soit, rien n’empêche de le concevoir comme existant aussi dans la réalité, ce qui est un mode d’existence supérieur au premier. Si donc l’être suprême existait dans l’in-telligence seule, il y aurait quelque chose que la pensée pourrait concevoir au-dessus de lui ; il ne serait plus l’être par excellence, ce qui implique contradiction. Il existe donc sans aucun doute, et dans l’intelligence et dans la réalité, un être au-dessus duquel la pensée ne peut rien concevoir. 2

L’argument ontologique a depuis été repris sous diverses formes par des philosophes tels que Descartes, Spinoza, Leibniz et, plus récemment, Norman Malcolm et Alvin Plantinga.

Une critique de l’argument fut formulée par Gaunilon, un moine de l’abbaye de Marmoutiers, contemporain de saint Anselme. Gaunilon réfute l’argument ontologique en prenant l’exemple de l’île « perdue » : si quelqu’un affirme qu’il existe, quelque part dans l’océan, une île jouissant de « toutes les richesses et délices en abondance inestimable », et que je comprends intellectuellement ce qu’est cette île, celle-ci devrait exister dans la réalité. Saint Anselme répond à Gaunilon en expliquant qu’une île est une chose limitée – on peut toujours imaginer des îles plus merveilleuses – alors qu’un être « tel que rien ne peut se penser de plus grand » est unique.

Emmanuel Kant a proposé une critique détaillée de l’argument dans sa Critique de la raison pure, en postulant que l’existence n’est pas un prédicat – quand on décrit le sujet en énumérant toutes ses qualités (les prédicats), on n’ajoute rien au sujet en disant qu’il existe. L’existence n’est pas une qualité supplémentaire, c’est juste une manière de dire que la chose « est » avec toutes les qualités qu’on a énumérées.

Malgré les critiques, l’argument ontologique continue à fasciner les philosophes. Comme l’a remarqué Bertrand Russell, « Il est plus facile d’être convaincu que l’argument doit être fallacieux que de trouver précisément où repose l’erreur. »3


1- Du grec ontos, être.
2- Proslogion, Chapitre II.
3- Bertrand Russell, History of Western philosophy.

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