
Autrefois, l’Europe, en particulier la France, était imprégnée du christianisme. Cette époque est révolue. Il n’est plus possible de présumer que nos contemporains savent de quoi nous parlons lorsque nous disons: « Jésus est mort à la croix pour mes péchés. » L’illettrisme biblique est la nouvelle norme. À la place, nos contemporains ont développé et adopté des visions du monde alternatives*, de nouveaux systèmes de références.
Les conséquence sont les suivantes:
- premièrement, quand nos contemporains entendent parler du salut, ils entendent : « tu dois aller à l’église » ou « tu dois mieux te comporter » ou « tu dois arrêter de coucher avec ta petite copine » … L’évangile de Jésus-Christ est associé à la religion : tu dois faire quelque chose pour Dieu pour aller au paradis.
- deuxièmement, l’évangile est simplement incohérent: de quel Dieu parle-t-on ? qu’est-ce que le « péché » ? pourquoi a-t-on besoin d’être sauvé ? Les références sont tellement différentes. Pour l’un, Dieu est tout, partout et en tous. Pour l’autre, « Jésus est mort sur la croix » est un exemple d’amour à suivre.
Comment interpeller nos contemporains sur la pertinence de l’Évangile dans ces circonstances ?
L’apôtre Paul avait parfaitement compris cela. En Actes 17.16-34, il est confronté au même problème que nous. Les gens ne connaissent absolument pas la vision du monde chrétienne. Ils sont épicuriens ou stoïciens, ils ne sont pas du tout chrétiens. Leurs références culturelles, philosophiques et théologiques sont complétement différentes (17.18).
Les réalités auxquelles Paul fait face
Ces athéniens ne savaient rien de la Bible; ils n’avaient jamais entendu parler de Moïse; jamais ouvert le livre des Juifs. Les caractéristiques de leur culture nous aident à mieux comprendre l’approche de Paul:
- L’empire romain encourage le pluralisme religieux: il y a de quoi satisfaire sa curiosité religieuse à Athènes. Les temples, les idoles, les cultes, les dieux, les philosophies et les religions sont légions.
- Les contemporains de Paul défendent avec passion leurs convictions: ils débattent, argumentent, défendent et échangent leurs points de vue. Ils se réunissent à l’Aréopage pour faire valoir et discuter leurs croyances.
- Ils sont condescendants : « Que veut dire ce discoureur? » Le christianisme est méprisé et n’est pas du tout le point de vue majoritaire face aux géants de l’époque.
Les priorités que Paul adopte
Athènes, c’est la Sorbonne. C’est l’université de Harvard ou Oxford ou Cambridge de l’époque. Tout le gratin du monde intellectuel est présent. L’architecture est magnifique et prestigieuse. Mais que pense Paul ? « Il sentait au dedans de lui son esprit s’irriter, à la vue de cette ville pleine d’idoles. » (17.16) Ces gens ne connaissent pas le Dieu de la Bible. C’est le fruit de son analyse de la cité.
L’apôtre sort ensuite pour démarrer des discussions pour expliquer le christianisme à ses contemporains. D’abord aux juifs dans les synagogues, puis aux non-chrétiens à l’Aréopage notamment.
Voilà ses priorités : analyse culturelle centrée sur Dieu et démarrage de discussion pour expliquer l’évangile (ou évangélisation).
Le cadre de référence que Paul établit
L’argumentation de Paul se trouve des versets 22 à 31. Il cherche à établir un cadre de référence dans lequel l’évangile peut valablement émerger. On peut aussi parler de point(s) de contact.
Premièrement, il établit que Dieu est le créateur (v.24). Nous ne le sommes pas. Nous lui devons tout et le défier et se rebeller contre lui, c’est le coeur du problème humain appelé « péché » (v.25b).
Deuxièmement, il est souverain et ne demeure pas dans un temple. Dieu n’entre pas dans une boîte. Que ce soit un temple ou un concept. Il est plus grand que cela.
Troisièmement, Dieu se suffit à lui-même (v.25). Il n’a pas besoin des hommes. Il n’interagit pas avec les êtres humains comme dans le polythéisme anthique. Le Christ, le Fils de Dieu, n’est pas le produit d’une relation sexuelle entre le Dieu de l’univers et une femme comme on l’entend chez certains musulmans.
Quatrièmement, Paul se tourne vers l’anthropologie (v.26). Les nations descendent d’un seul homme. L’universalité du problème est cohérent si et seulement si les nations descendent d’un seul homme.
Cinquièmement, pour la première fois le problème est évoqué (v.27). Quelque chose ne va pas dans le monde : les hommes ne connaissent pas Dieu bien qu’il soit un Dieu personnel.
Sixièmement, Paul parle du problème fondamental en utilisant les connaissances des gens autour de lui (référence à l’idolâtrie) (v.28). Il utilise un langage clair et compréhensible pour parler d’une notion théologique précise, à savoir le péché.
Septièmement, Paul établit une certaine vue du temps. Bien que la plupart de ses contemporains aient une vue circulaire du temps, il introduit une référence linéaire du temps: de la création à un temps fixé jusqu’à la fin de ce monde et la venue du jugement (v.31).
Paul construit une vision biblique du monde à partir de références connues de son auditoire afin d’introduire la personne de Jésus dans un cadre de référence qui soit compréhensible.
L’évangile non-négociable
Enfin, Paul annonce l’évangile. Il est intéressant de remarquer que Paul introduit l’évangile seulement après avoir établit un cadre dans lequel l’évangile est compréhensible. Il a mis en place la grande histoire (ou méta-récit) pour que ce dernier ait du sens.
Paul affirme en dernier lieu la résurrection du Christ, qui est une idée révoltante pour ses contemporains dualistes, mais un élément non-négociable de l’évangile. Il n’essaye pas de rendre l’évangile attractif en le déformant. Non, il le communique intelligemment, mais il le communique clairement.
Le but de la conversation pour Paul, c’est l’évangile. Aujourd’hui encore nous vivons à Athènes. Nous avons besoin de rétablir un cadre référence pour le communiquer mais nous ne pouvons pas ne pas l’annoncer clairement. Nous devons rester inflexible sur la définition de l’évangile même si celui-ci, au final, choque nos contemporains. Ce qui implique que nous devons connaître ce contenu …
* Très simplement, une vision du monde répond à quatre questions: origine, destinée, sens et moralité.
Cet article est une paraphrase de Athens Revisited de D.A. Carson in Telling the Truth, Michigan, Zondervan, p. 384ss