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Citation du dimanche: Le Point interroge Axel Kahn sur sa moralité

Stephane Kapitaniuk

Le Point: Vous avez 65 ans. Axel Kahn, retournez-vous sur votre existence: jusqu-ici, avez-vous été un « type bien »?
Axel Kahn: Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai essayé…

Axel Kahn, généticien agnostique, Le Point n°1963, 29 avril 2010, p95. Auteur de « Un type bien ne fait pas ça » (NiL, 288 p., 19€)

Les arguments théistes – (3) Argument téléologique

Jonathan Kitt

L’argument téléologique1 – ou argument du dessein – déduit de l’ordre régnant dans l’univers l’existence d’un concepteur intelligent de cet univers. On trouve déjà cette notion d’ordre2 chez Platon et Aristote, pour qui l’observation des étoiles conduisait à une réflexion sur une intelligence derrière l’univers.

La formulation la plus célèbre de l’argument celle que l’on trouve dans ce qui est devenu connu comme « l’argument de l’horloger ».

« En traversant une bruyère, supposons que je trébuche sur une pierre, et qu’on me demande comment la pierre se trouvait là. Je pourrais répondre que, à preuve du contraire, elle avait toujours été là, et peut-être serait-il alors difficile de démontrer l’absurdité de cet argument. Mais supposons que j’aie trouvé une montre par terre, et que l’on s’enquière de savoir comment la montre vint à se trouver en cet endroit. Il ne me viendrait pas à l’esprit de penser à la réponse que j’avais donnée précédemment : que du mieux que je sache, la montre avait dû toujours être là … La montre avait dû avoir un fabricant : il a dû exister, à un certain moment, à un certain endroit, que sais-je, un artisan ou plusieurs, qui la façonnèrent pour l’usage que l’on connaît, qui comprenaient son assemblage et conçurent son usage … Toute trace d’invention, toute expression de créativité qui se trouvaient dans la montre, existent (également) dans l’oeuvre de la nature, avec cette distinction que dans le naturel, celles-ci sont bien plus prononcées, et cela d’une manière qui dépasse tout entendement. »3

Même si nous ne connaissons rien de la fabrication d’une montre, de son mécanisme de fonctionnement, ou si celle-ci connaît par moments des ratés, nous reconnaissons que derrière le mécanisme de la montre se trouve une intelligence qui a conçu cette montre dans un but précis.

Selon Paley, si nous concluons qu’un concepteur est à l’origine de la montre, nous devrions de manière similaire conclure qu’il y a une intelligence derrière l’univers.

L’argument téléologique a, comme l’argument cosmologique, été remis sur le devant de la scène suite aux découvertes scientifiques récentes concernant le réglage fin et précis4 des constantes physiques nécessaire à l’apparition de la vie. Pourquoi les constantes ont-elles les valeurs qu’elles ont ? Pourquoi les rapports entre certains paramètres sont-ils si précisément réglés ?

Le philosophe écossais David Hume a souligné les faiblesses de l’argument téléologique5. Citons trois des principales objections à l’argument téléologique.

1. L’observation d’un dessein dans l’univers ne suffit pas à inférer que c’est Dieu qui en est l’origine.

2. Dire qu’il y a un « concepteur intelligent » derrière le réglage fin de l’univers mène à une régression infinie de causes : qui a conçu le concepteur ?

3. L’argument fonctionne par analogie à une machine. Mais pourquoi comparer l’univers à une machine ?

On trouve cette notion de dessein dans le mouvement du « Dessein Intelligent », dont les défenseurs affirment qu’il y a certaines choses qu’on ne peut pas expliquer simplement par des processus darwiniens, et qu’il est raisonnable d’inférer l’existence d’un concepteur intelligent. Ce débat autour du Dessein Intelligent, qui a fait couler beaucoup d’encre outre-Atlantique, commence à se répandre depuis quelques année en Europe.


1- Du grec telos, fin, but.
2- Cosmos en grec, par opposition au chaos.
3- William Paley, Natural Theology on Evidence and Attributes of Deity.
4- Fine tuning en anglais.
5- David Hume, Dialogues Concerning Natural Religion.

Les arguments théistes – (2) Argument cosmologique

Jonathan Kitt


Alors que l’argument ontologique cherche à établir l’existence de Dieu en partant de sa définition, l’argument cosmologique part de l’observation du monde pour en déduire l’existence de Dieu – il s’agit donc d’un argument a posteriori. L’argument, qui trouve son origine chez Platon et Aristote, a été défendu par des penseurs tels que Al-Ghazali, Thomas d’Aquin et Leibniz. Nous examinerons deux « versions » de l’argument cosmologique : l’argument tel qu’il est formulé par Thomas d’Aquin (1224-1274), et l’argument cosmologique dit du kalam.

Dans sa Somme Théologique, Thomas d’Aquin expose cinq voies qu’on peut emprunter pour démontrer l’existence de Dieu. Dans le cadre de l’argument cosmologique nous étudierons les trois premières voies1:
1. La voie par le mouvement : « Il est évident, nos sens nous l’attestent, que dans ce monde certaines choses se meuvent. Or , tout ce qui se meut est mû par un autre. [...] Il est nécessaire de parvenir à un moteur premier qui ne soit lui-même mû par aucun autre, et un tel être, tout le monde comprend que c’est Dieu. »
2. La voie par la cause : « Il y a un ordre entre les causes efficientes. [...] Si l’on devait monter à l’infini dans la série des causes efficientes, il n’y aurait pas de cause première. [...] Il faut donc nécessairement affirmer qu’il existe une cause efficiente première, que tous appellent Dieu. »
3. La voie par la contingence : « Certaines choses naissent et disparaissent, et par conséquent ont la possibilité d’exister et de ne pas exister. [...] On est donc contraint d’affirmer l’existence d’un Être nécessaire par lui-même, qui ne tire pas d’ailleurs sa nécessité, mais qui est cause de la nécessité que l’on trouve hors de lui, et que tous appellent Dieu. »2

Thomas d’Aquin s’appuie en particulier sur la notion de l’impossibilité de régression infinie de causes, notion qui soulève un certain nombre de questions.
La voie par le mouvement, par exemple, postule l’existence nécessaire d’un premier moteur non-mû, sans que cette existence ne puisse être démontrée autrement que par le raisonnement.
Et pourquoi cet argument mènerait-il à l’existence d’un Dieu unique ? Dieu, s’Il existe, n’aurait-Il pas simplement « remonté l’horloge » de l’univers ?

L’argument cosmologique dit du kalam3, qui nous vient de la philosophie médiévale arabe, insiste lui aussi sur la notion de causalité.On peut formaliser cet argument de la manière suivante :

1. Tout ce qui commence à exister a une cause.
2. L’univers a commencé à exister.
3. Ainsi, l’univers a une cause.

La théorie du Big Bang, stipulant l’origine de l’univers dans une « singularité » et infirmant la notion d’éternité de l’univers, a donné une vitalité nouvelle à cette formulation de l’argument cosmologique, en fournissant à la seconde prémisse un fondement scientifique.


1- Les quatrième et cinquième voies se rapportent respectivement à l’argument moral et à l’argument téléologique.
2- Somme théologique, Partie Ia, Question 2 – L’existence de Dieu; Article 3 – Dieu existe-t-il ?
3- Terme arabe traduit par discours.

Les arguments théistes – (1) Argument ontologique

Jonathan Kitt

L’argument ontologique1 consiste à établir l’existence de Dieu par la seule analyse de sa définition ou de son essence. On parle ainsi d’argument a priori – à la différence des autres arguments théistes, a posteriori, qui reposent sur l’observation du monde.

Voici l’argument ontologique, tel qu’il est formulé par Saint Anselme de Cantorbéry (1033-1109) :

La foi nous dit que vous êtes l’être par excellence, l’être au-dessus duquel la pensée ne peut rien concevoir.
« L’insensé a dit dans son cœur : II n’y a point de Dieu » ; a-t-il dit vrai ? [...] L’insensé lui-même, en entendant parler d’un être supérieur à tous les autres et au-dessus duquel la pensée ne peut rien concevoir, comprend nécessairement ce qu’il entend ; or, ce qu’il comprend existe dans son esprit, bien qu’il en ignore l’existence extérieure. Car autre chose est l’existence d’un objet dans l’intelligence, autre chose la notion de l’existence de cet objet. [...] Or, cet être suprême au-dessus duquel la pensée ne peut rien concevoir ne saurait exister dans l’intelligence seule ; car, en supposant que cela soit, rien n’empêche de le concevoir comme existant aussi dans la réalité, ce qui est un mode d’existence supérieur au premier. Si donc l’être suprême existait dans l’in-telligence seule, il y aurait quelque chose que la pensée pourrait concevoir au-dessus de lui ; il ne serait plus l’être par excellence, ce qui implique contradiction. Il existe donc sans aucun doute, et dans l’intelligence et dans la réalité, un être au-dessus duquel la pensée ne peut rien concevoir. 2

L’argument ontologique a depuis été repris sous diverses formes par des philosophes tels que Descartes, Spinoza, Leibniz et, plus récemment, Norman Malcolm et Alvin Plantinga.

Une critique de l’argument fut formulée par Gaunilon, un moine de l’abbaye de Marmoutiers, contemporain de saint Anselme. Gaunilon réfute l’argument ontologique en prenant l’exemple de l’île « perdue » : si quelqu’un affirme qu’il existe, quelque part dans l’océan, une île jouissant de « toutes les richesses et délices en abondance inestimable », et que je comprends intellectuellement ce qu’est cette île, celle-ci devrait exister dans la réalité. Saint Anselme répond à Gaunilon en expliquant qu’une île est une chose limitée – on peut toujours imaginer des îles plus merveilleuses – alors qu’un être « tel que rien ne peut se penser de plus grand » est unique.

Emmanuel Kant a proposé une critique détaillée de l’argument dans sa Critique de la raison pure, en postulant que l’existence n’est pas un prédicat – quand on décrit le sujet en énumérant toutes ses qualités (les prédicats), on n’ajoute rien au sujet en disant qu’il existe. L’existence n’est pas une qualité supplémentaire, c’est juste une manière de dire que la chose « est » avec toutes les qualités qu’on a énumérées.

Malgré les critiques, l’argument ontologique continue à fasciner les philosophes. Comme l’a remarqué Bertrand Russell, « Il est plus facile d’être convaincu que l’argument doit être fallacieux que de trouver précisément où repose l’erreur. »3


1- Du grec ontos, être.
2- Proslogion, Chapitre II.
3- Bertrand Russell, History of Western philosophy.

Avatar : Choc des visions du monde

Aurelien Lang

Avez-vous vu la dernière réalisation de James Cameron : « Avatar » ?
Si ce n’est pas le cas, précipitez-vous dans votre cinéma le plus proche. Le film vaut largement le coup d’œil !
Mais je n’écris pas simplement pour donner mon opinion. Le film « Avatar » est aussi une apologie du panthéisme – doctrine philosophique ou religieuse qui identifie Dieu et l’univers et qui appelle l’humanité à une communion religieuse avec le monde naturel. Ce thème refait régulièrement surface à Hollywood. C’est la vérité découverte par Kevin Costner dans « Danse avec les loups », c’est le fil rouge des films Disney « Le Roi Lion » et « Pocahantas », ainsi que le dogme de George Lucas dans la série « Star Wars ».

Sans révéler tous les secrets du film, avant la grande bataille finale, le héros du film, Jake Sully, adresse une prière à la déesse Nature (Eywa). Il lui demande de défendre la cause du peuple Na’vi (les bonshommes bleus donc). Neytiri, sa petite amie présente à ce moment, lui explique que Eywa ne peut pas prendre parti pour un camp ou pour un autre (mauvais ou bon), mais qu’elle s’efforce de respecter l’équilibre dans la nature. On est en plein dans le panthéisme !
Cependant, à la fin du film, Eywa – la déesse nature – prend partie en faveur des autochtones en combattant à leur côté contre les humains. Curieux, n’est-ce pas ? Hollywood aurait-il vu les limites du panthéisme ? En effet, le panthéisme d’une manière générale enseigne que tout n’est qu’un, que tout est Dieu. Il n’y a ni bien, ni mal. Tout est une question d’équilibre des forces (ou énergies). Pourtant, la déesse Nature décide de prendre partie en faveur du bien contre le mal (« Elle a répondu à la prière » dit d’ailleurs Neytiri). À ce moment du film, le panthéisme est supplanté par le théisme. Dieu prend partie en faveur de la justice lui qui déteste l’injustice. C’est ce qu’on appelle un choc des visions du monde ! Même à Hollywood, on ne suit pas le panthéisme jusqu’au bout de sa logique. Pourquoi ? Parce que le mal est trop vrai. L’injustice est trop réelle. Si Dieu existe, il doit mettre un terme à tout cela !

Et c’est exactement le plan du Dieu de la Bible pour l’humanité : sur la croix plantée sur le mont Golgotha il y a 2000 ans, le mal a été puni dans la chair de Jésus, la justice a été satisfaite. Christ a vaincu la mort par sa résurrection, et pour ceux qui le suivent, la fin de l’injustice est promise. Un jour, Dieu manifestera pleinement et de manière définitive cette réalité :
« Puis je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre ; car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n’était plus. Et je vis descendre du ciel, d’auprès de Dieu, la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, préparée comme une épouse qui s’est parée pour son époux.
Et j’entendis du trône une forte voix qui disait : Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes ! Il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu. » (Apocalypse 21.1-4)

Citation du dimanche : Michel Onfray sur la croyance

Jonathan Kitt

« Je ne méprise pas les croyants, je ne les trouve ni ridicules ni pitoyables, mais je désespère qu’ils préfèrent les fictions apaisantes des enfants aux certitudes cruelles des adultes. Plutôt la foi qui apaise que la raison qui soucie – même au prix d’un perpétuel infantilisme mental : voilà une opération de passe-passe métaphysique à un coût monstrueux ! »

Michel Onfray, Traité d’athéologie, Le Livre de Poche, 2006, p. 27.

Les arguments théistes – Introduction

Jonathan Kitt

La foi religieuse sous toutes ses formes – en particulier les trois monothéismes – est devenue le cheval de bataille d’un athéisme militant (comme le mouvement du Nouvel Athéisme).

L’espèce humaine a évolué : la croyance religieuse devrait depuis longtemps avoir été mise au placard. Grâce aux découvertes scientifiques, « l’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’univers d’où il a émergé par hasard. »1 Copernic a montré que l’homme n’était pas au centre de l’univers, Darwin a montré que l’homme n’était pas au centre de la « création », et Freud a montré que l’homme n’était même pas maître dans son propre esprit. Croire en Dieu est une béquille pour ceux qui ne peuvent faire face à la dure réalité.

On peut résumer l’approche athée de la manière suivante : d’une part, il n’y a aucune raison valable de croire que Dieu (ou un dieu) existe, et d’autre part, trop d’éléments nous poussent à croire qu’il n’existe pas.

Les philosophes et théologiens ont depuis longtemps proposé, développé, critiqué, reformulé ce qu’on appelle des « arguments théistes ». Nous n’envisageons pas ces arguments comme des preuves de l’existence de Dieu, et nous sommes tout à fait conscient du gouffre qui sépare la conclusion à laquelle ces arguments permettent d’arriver – la possibilité de l’existence de Dieu – de la foi en Jésus-Christ. Le théologien Alister McGrath exprime cette idée de façon remarquable : « La vraie connaissance de Dieu (Calvin) ne peut procéder que d’une révélation; mais Dieu, dans sa miséricorde, a envoyé des signes annonciateurs et laissé entrevoir des ombres de cette connaissance salvatrice dans le monde. La connaissance naturelle de Dieu accomplit son dessein lorsqu’elle indique à la fois la nécessité et la possibilité d’une connaissance divine plus complète que celle entrevue par les traces de Dieu dans l’ordre naturel. En revanche, cette connaissance naturelle se comporte en traître si elle se présente comme la connaissance de Dieu dans sa plénitude. »2

Nous allons dans les articles qui suivent explorer les quatre principaux arguments théistes, en présentant leur arrière-plan historique, leurs principales formulations et les objections les plus répandues.

Pour des questions de brièveté et de clarté, ces articles ne seront qu’une synthèse des arguments. Nous n’avons pas ici la place d’étudier les différentes versions des arguments développées au cours des siècles. Nous mettrons en ligne un dossier plus développé que vous pourrez consulter.

A suivre …

1- MONOD Jacques, Le hasard et la nécessité, essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne, Editions du Seuil, 1970, p. 224-225.

2- McGRATH Alister, Jeter des ponts, l’art de défendre la foi chrétienne, Editions La Clairière, 1999, p. 21.