En cette rentrée, il est bon de revenir aux sources de nos institutions. Aujourd’hui si chacun a accès à l’éducation, c’est en grande partie grâce aux Réformateurs. L’école pour tous était un principe-clé pour ces derniers comme le raconte l’historien Gabriel Mützenberg :
« Les Réformateurs, on le voit, donnent à l’éducation qu’elle soit domestique ou scolaire, une place d’honneur. L’influence humaniste pour plusieurs d’entre eux, l’explique. Mais même Luther, qu’elle ne pénètre que peu, prône l’instruction élémentaire pour tous.
Genève, sur ce plan, se révèle novatrice. Le 21 mai 1536, son Conseil général décide, en même temps que l’adoption définitive de la Réforme, l’obligation pour chacun d’envoyer ses enfants à l’école, les pauvres, pour qu’ils ne s’en tiennent pas éloignés, n’ayant rien à payer pour cela. Pour la première fois, un Etat, par un acte officiel, proclame pour tous le droit à la culture.
Un tel texte, heureusement, ne reste pas lettre morte. Il passe dans les faits. Non sans de sérieuses difficultés il est vrai. Mais le principe, porté bientôt par un puissant renouveau pédagogique, s’affirme avec brio. Il s’inspire du système mis au point par les Frères de la vie commune, acclimaté par la suite à Strasbourg par Jean Sturm et que Calvin, l’ayant vu fonctionner, adopte pour Genève. C’est ainsi que le Collège et l’Académie, mis sous un toit neuf en 1559, servent de relais vers la France, les Pays-Bas, les Iles britanniques, d’autres pays encore. On y adopte la division des élèves en classes homogènes, les examens, les promotions annuelles, les prix. Quel progrès en regard des écoles d’avant ces temps heureux où chacun, tous âges et tous niveaux mêlés, venait prendre d’un maître, tant bien que mal, ce qu’il pouvait !
Les parents protestants, quels qu’ils soient, jouiront de cet avantage : l’instruction n’est pas réservée à une élite; elle est pour tous; et elle parfait ce qu’ils peuvent eux-mêmes dispenser en savoir-faire, en savoir-vivre, en connaissance de Dieu et de sa volonté en amour. Car ils ne songent pas, dans l’éducation qu’ils ont en vue, à leurs propres intérêts, aux services ou aux gains que peut leur procurer tel de leurs enfants, mais à sa croissance, comme dit l’Ecriture, en stature, en sagesse, en grâce. La famille devant illustrer pour ceux du dedans, comme du dehors, en tout temps, le projet bienveillant du Créateur. »
L’éducation pour tous a pris son essor durant la Réforme grâce au travail d’hommes et de femmes qui prenaient la Bible au sérieux. Parce qu’ils l’étudiaient et la mettaient en pratique dans leur vie, l’école est devenue accessible à tous.
Est-ce que cela ne donne pas envie de prendre Dieu au sérieux ?
Ils ont aussi réformé la famille, Lausanne, LLB, 1992, p.144-145