Archives du tag : Dieu

Citation du dimanche : Erwin Schrödinger sur la science

par Jonathan Kitt

« Je suis stupéfait de constater à quel point l’image scientifique du monde réel autour de moi est déficiente. Elle nous fournit quantité d’informations factuelles, ordonne toutes nos expériences de manière magnifiquement cohérente, mais elle est horriblement silencieuse quant à toute cette diversité de choses qui nous tiennent effectivement à cœur et qui nous importent réellement. Elle ne peut rien nous dire à propos du rouge et du bleu, de l’amer et du sucré, de la douleur physique et du plaisir physique ; elle ne connaît rien du beau et du laid, du bon ou du mauvais, de Dieu et de l’éternité. La science prétend parfois répondre à des questions dans ces domaines, mais les réponses sont très souvent si ridicules que nous ne sommes pas enclin à les prendre au sérieux. »

- Erwin Schrödinger, Nature and the Greeks, 1954.

5 choses que la science ne peut pas prouver …

par Aurelien Lang

… Mais qui sont admises raisonnablement !

Un des grands mythes de ce siècle est que la science peut tout expliquer, tout démontrer et tout prouver. La science serait le meilleur moyen de connaître la vérité. Cependant, voici une liste de 5 choses qu’on ne peut pas prouver scientifiquement mais qu’aucun individu raisonnable ne remet en question.

1. La logique et les mathématiques ne peuvent pas être prouvées par la science. La science présuppose tout simplement leur existence. Essayer de prouver, par la science, la logique et les mathématiques, ce serait argumenter en cercle.

2. La vérité métaphysique selon laquelle il existe d’autres personnes autour de moi autre que moi, ou bien, que le monde extérieur est bien réel ne peut pas non plus être démontrée scientifiquement. À ce sujet, on raconte l’anecdote suivante. En classe de philosophie, un élève demande au professeur : « Monsieur, est-ce que j’existe ? » Le professeur interroge : « Qui m’a posé cette question ? » « C’est moi ! » répond l’élève. Le questionnement présuppose l’existence du sujet. Mais on ne peut pas le démontrer scientifiquement.

3. Les croyances éthiques échappent aussi à la science :
vous ne pouvez pas prouver par la science si les camps d’extermination à Auschwitz étaient l’expression du mal absolu ou si les actions pacifistes de Matmatah Gandhi étaient bonnes. Le bien et le mal sont des choses que nous admettons tout simplement.

4. Les jugements esthétiques ne sont pas non plus accessibles par la science. Ce qui est beau et esthétique ne peut être prouvé par la science. Aucun raisonnement scientifique ne pourra jamais démontré pourquoi la Joconde de Léonard de Vinci est une œuvre d’art et pourquoi le dessin que j’ai fait à 5 ans ne le sera jamais.

5. Enfin, de façon tout à fait remarquable, la science ne peut pas justifier la science elle-même.
La science repose sur un certain nombre d’axiomes qui ne sont pas pouvables comme la reproductibilité d’événements dans le temps : ce qui s’est passé dans le passé à un moment se reproduira dans le futur (dans les mêmes conditions). Ce n’est pas rien ! La science elle-même est donc assujettie à des « choses » qu’elle ne peut pas prouver.

Par conséquent, il y a un certain nombre de choses que nous admettons sans jamais pouvoir le démontrer scientifiquement. Le mythe que la science peut tout prouver, tout expliquer, tout démontrer est donc bel est bien une fable ! Devrions-nous abandonner la science ? Je ne crois pas. Nous avons de bonnes raisons de penser que la science explique bien le monde tel qu’il est vraiment. La correspondance entre le monde réel et les modèles scientifiques nous donnent une bonne indication de la justesse de la science. Croire en la science n’est pas irrationnel.
De même, l’existence de Dieu ne peut pas être prouvée scientifiquement. Cependant, admettre son existence permet d’expliquer la réalité telle qu’elle est vraiment dans toute sa richesse et sa complexité. L’existence de Dieu donne du sens à la réalité que nous observons. Croire en Dieu n’est pas irrationnel.

Citation du dimanche : Robert Jastrow sur « science et foi »

par Jonathan Kitt

« Il semble actuellement que la science ne sera jamais en mesure de lever le voile sur le mystère de la création. Pour le scientifique qui a vécu avec sa foi dans le pouvoir de la raison, l’histoire se termine comme dans un cauchemar. Il a escaladé les montagnes de l’ignorance, il est sur le point de conquérir le plus haut sommet, et alors qu’il se hisse sur le dernier rocher, il est accueilli par une bande de théologiens qui sont là depuis des siècles. »

Robert Jastrow, God and the Astronomers, W. W. Norton, 1992, p. 107

Avatar : Choc des visions du monde

par Aurelien Lang

Avez-vous vu la dernière réalisation de James Cameron : « Avatar » ?
Si ce n’est pas le cas, précipitez-vous dans votre cinéma le plus proche. Le film vaut largement le coup d’œil !
Mais je n’écris pas simplement pour donner mon opinion. Le film « Avatar » est aussi une apologie du panthéisme – doctrine philosophique ou religieuse qui identifie Dieu et l’univers et qui appelle l’humanité à une communion religieuse avec le monde naturel. Ce thème refait régulièrement surface à Hollywood. C’est la vérité découverte par Kevin Costner dans « Danse avec les loups », c’est le fil rouge des films Disney « Le Roi Lion » et « Pocahantas », ainsi que le dogme de George Lucas dans la série « Star Wars ».

Sans révéler tous les secrets du film, avant la grande bataille finale, le héros du film, Jake Sully, adresse une prière à la déesse Nature (Eywa). Il lui demande de défendre la cause du peuple Na’vi (les bonshommes bleus donc). Neytiri, sa petite amie présente à ce moment, lui explique que Eywa ne peut pas prendre parti pour un camp ou pour un autre (mauvais ou bon), mais qu’elle s’efforce de respecter l’équilibre dans la nature. On est en plein dans le panthéisme !
Cependant, à la fin du film, Eywa – la déesse nature – prend partie en faveur des autochtones en combattant à leur côté contre les humains. Curieux, n’est-ce pas ? Hollywood aurait-il vu les limites du panthéisme ? En effet, le panthéisme d’une manière générale enseigne que tout n’est qu’un, que tout est Dieu. Il n’y a ni bien, ni mal. Tout est une question d’équilibre des forces (ou énergies). Pourtant, la déesse Nature décide de prendre partie en faveur du bien contre le mal (« Elle a répondu à la prière » dit d’ailleurs Neytiri). À ce moment du film, le panthéisme est supplanté par le théisme. Dieu prend partie en faveur de la justice lui qui déteste l’injustice. C’est ce qu’on appelle un choc des visions du monde ! Même à Hollywood, on ne suit pas le panthéisme jusqu’au bout de sa logique. Pourquoi ? Parce que le mal est trop vrai. L’injustice est trop réelle. Si Dieu existe, il doit mettre un terme à tout cela !

Et c’est exactement le plan du Dieu de la Bible pour l’humanité : sur la croix plantée sur le mont Golgotha il y a 2000 ans, le mal a été puni dans la chair de Jésus, la justice a été satisfaite. Christ a vaincu la mort par sa résurrection, et pour ceux qui le suivent, la fin de l’injustice est promise. Un jour, Dieu manifestera pleinement et de manière définitive cette réalité :
« Puis je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre ; car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n’était plus. Et je vis descendre du ciel, d’auprès de Dieu, la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, préparée comme une épouse qui s’est parée pour son époux.
Et j’entendis du trône une forte voix qui disait : Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes ! Il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu. » (Apocalypse 21.1-4)

Les arguments théistes – Introduction

par Jonathan Kitt

La foi religieuse sous toutes ses formes – en particulier les trois monothéismes – est devenue le cheval de bataille d’un athéisme militant (comme le mouvement du Nouvel Athéisme).

L’espèce humaine a évolué : la croyance religieuse devrait depuis longtemps avoir été mise au placard. Grâce aux découvertes scientifiques, « l’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’univers d’où il a émergé par hasard. »1 Copernic a montré que l’homme n’était pas au centre de l’univers, Darwin a montré que l’homme n’était pas au centre de la « création », et Freud a montré que l’homme n’était même pas maître dans son propre esprit. Croire en Dieu est une béquille pour ceux qui ne peuvent faire face à la dure réalité.

On peut résumer l’approche athée de la manière suivante : d’une part, il n’y a aucune raison valable de croire que Dieu (ou un dieu) existe, et d’autre part, trop d’éléments nous poussent à croire qu’il n’existe pas.

Les philosophes et théologiens ont depuis longtemps proposé, développé, critiqué, reformulé ce qu’on appelle des « arguments théistes ». Nous n’envisageons pas ces arguments comme des preuves de l’existence de Dieu, et nous sommes tout à fait conscient du gouffre qui sépare la conclusion à laquelle ces arguments permettent d’arriver – la possibilité de l’existence de Dieu – de la foi en Jésus-Christ. Le théologien Alister McGrath exprime cette idée de façon remarquable : « La vraie connaissance de Dieu (Calvin) ne peut procéder que d’une révélation; mais Dieu, dans sa miséricorde, a envoyé des signes annonciateurs et laissé entrevoir des ombres de cette connaissance salvatrice dans le monde. La connaissance naturelle de Dieu accomplit son dessein lorsqu’elle indique à la fois la nécessité et la possibilité d’une connaissance divine plus complète que celle entrevue par les traces de Dieu dans l’ordre naturel. En revanche, cette connaissance naturelle se comporte en traître si elle se présente comme la connaissance de Dieu dans sa plénitude. »2

Nous allons dans les articles qui suivent explorer les quatre principaux arguments théistes, en présentant leur arrière-plan historique, leurs principales formulations et les objections les plus répandues.

Pour des questions de brièveté et de clarté, ces articles ne seront qu’une synthèse des arguments. Nous n’avons pas ici la place d’étudier les différentes versions des arguments développées au cours des siècles. Nous mettrons en ligne un dossier plus développé que vous pourrez consulter.

A suivre …

1- MONOD Jacques, Le hasard et la nécessité, essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne, Editions du Seuil, 1970, p. 224-225.

2- McGRATH Alister, Jeter des ponts, l’art de défendre la foi chrétienne, Editions La Clairière, 1999, p. 21.

Implications pratiques de Noël

par Aurelien Lang

Incarnation

À Noël, on fête la venue de Jésus sur terre. Dieu s’est incarné (Jean 1.14). Dieu est venu dans le monde sous l’apparence d’un homme. Plusieurs prophéties dans l’Ancien Testament avaient annoncé ce jour où Dieu viendrait visiter la terre (parmi lesquelles Esaïe 7.14).
De nombreuses personnes aujourd’hui ne croient pas en la doctrine de l’incarnation. Pour les musulmans, Dieu ne peut pas devenir un homme. Mais qui sommes-nous pour dire ce que Dieu peut ou ne peut pas faire ? Pour les sceptiques, il n’y a tout simplement pas assez de preuves. Chez les sceptiques, pas question de parler de miracle ! Mais ce rejet n’est que le reflet de préjugés anti-miraculeux : préjugés imposant une vision séculière du monde. Cette attitude est dénoncée dans les milieux académiques par des spécialistes comme Walter Wink, exégète du Nouveau Testament :

Les historiens peuvent exiger que des garanties ou preuves appropriées soient présentées avant de croire que quelque chose d’inhabituel s’est produit … Ils peuvent mettre de précieux coups d’arrêt à la superstition en jetant un regard critique sur des affirmations extraordinaires d’orientation tendancieuses. Mais aller au-delà, en affirmant avec dogmatisme l’impossibilité de toute guérison de foi, ou prescience, ou résurrection des morts, c’est dépasser ses compétences d’historien pour affirmer une foi prisonnière d’une vision du monde particulière – ou de ce que Paul Ricoeur a appelé « le croyable disponible ».1

Dans certains milieux chrétiens, l’incarnation est de plus en plus questionnée voire rejetée. Pourtant, nous ne devons pas perdre de vue que si on rejette le miracle de l’incarnation, les conséquences sont importantes pour la foi chrétienne. Car, les implications de l’incarnation de Jésus sont très concrètes. J’en citerais trois :

- Dieu se fait pleinement connaître à nous. Selon la Bible, « Personne n’a jamais vu Dieu » (Jean 1.18a). Constat sans appel. La Bible affirme l’évidence. Aucun être humain n’a jamais vu Dieu. L’affirmation aurait pu s’arrêter là, et elle serait probablement passée aux oubliettes. Cependant, ce qui va suivre défie l’entendement : « Dieu le Fils unique, qui est dans l’intimité du Père, est celui qui l’a fait connaître » (Jean 1.18b). Personne n’a jamais vu Dieu. Mais Dieu, le Fils unique qui est dans l’intimité du Père, c’est-à-dire Jésus, l’a fait connaître. Autrement dit, tu vois Jésus, tu vois Dieu. Si les hommes veulent connaître Dieu, ils doivent connaître Jésus. Nier que Dieu s’est fait homme implique l’impossibilité de connaître vraiment Dieu.

- Dieu connaît parfaitement ce que nous vivons. Du point de vue existentiel, Dieu sait ce que nous vivons, car Jésus a vécu la vie des hommes. Rendez-vous compte : Jésus a eu une mère, un père, des frères et des sœurs. Il a eu des amis et des ennemis. Jésus a connu la faiblesse, la soif et la faim. Il a travaillé, il a payé ses impôts. Jésus a aussi connu la trahison, l’angoisse et la souffrance physique et émotionnelle. Il a dû faire face à la mort de ses amis, et même à sa propre mort.  Si Dieu ne s’est pas incarné alors il ne peut réellement compatir à nos faiblesses. Il est un Dieu lointain qui ne se préoccupe pas réellement de ce que ses créatures vivent.

- Dieu se réconcilie définitivement avec les hommes.
Si Jésus est vraiment Dieu, alors il est tout à fait raisonnable de croire qu’il est capable de « sauver parfaitement » ceux qui veulent s’approcher de Dieu. (Hébreux 7.25). Pas besoin de suivre une religion, pas besoin d’expier ses péchés au purgatoire, il n’y a pas non plus de réincarnation. Jésus nous réconcilie pleinement avec Dieu par sa mort sur la croix et sa résurrection d’entre les morts (Colossiens 1.18-20). En revanche, si Dieu ne s’est pas incarné, alors il n’est pas évident que Jésus possède le pouvoir et l’autorité divine dont il a besoin pour racheter les hommes.


1- Transforming Bible Study, Nashville, Abingdon, 1980, p. 155

Série : Les arguments théistes

par Jonathan Kitt

Notre prochaine série portera sur les arguments en faveur de l’existence de Dieu, en examinant tour à tour les quatre principaux arguments :

1) Argument ontologique
2) Argument téléologique
3) Argument cosmologique
4) Argument moral

Nous présenterons chacun de ces arguments en trois parties :
- Arrière-plan historique
- Exposé
- Objections les plus répandues