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Comment Dieu peut-il commander des génocides dans l’Ancien Testament ? (4)

par Aurelien Lang


La dernière fois nous avons vu que l’éradication des Cananéens, aussi violente et révoltante soit-elle, n’était pas une épuration ethnique mais l’exercice du juste jugement de Dieu sur ses ennemis (Partie 1, partie 2, partie 3). Nous allons maintenant voir pourquoi il était nécessaire de retirer les Cananéens de la Terre Promise et que le jugement des Cananéens était une préfiguration du jugement final biblique (toujours dans une perspective canonique).

6. Pourquoi était-il nécessaire de retirer les Cananéens de la Terre Promise ?

En France, on respecte la séparation de l’église et de l’état. Mais au temps de Josué Israël était une « théocratie ». L’église et l’état étaient en quelque sorte inséparables, joints et on ne pouvait pas distinguer l’un de l’autre. Les membres du peuple de Dieu avaient des obligations religieuses et civiques. Etre citoyen d’Israël requérait que l’on soit fidèle à l’alliance de Dieu.
Faire partie de la communauté de l’alliance impliquait la pureté, et les violations de cette alliance conduisait à l’exclusion (cf. Dt 13.5, 17.7, etc. …). Ceci inclut aussi la pureté du Pays dans lequel vivait le peuple de Dieu, et si le peuple de Dieu n’avait pas exclu pas les Cananéens du Pays, la nation entière aurait été entrainée dans la rébellion, l’idolâtrie, l’injustice et le mal (cf. Dt 7.4, 12.29-31). Tristement, ce sera trop souvent le cas sous l’ancienne alliance.

Les chrétiens aujourd’hui ne vivent pas dans une théocratie. Nous sommes des étrangers et des exilés (1 Pi 2.11) sans terre sacrée dans cette période. Nous attendons la nouvelle terre et les nouveaux cieux permanents et définitifs. En attendant, les chrétiens doivent obéir aux autorités placées par Dieu au dessus d’eux (Rom 13.1-15), mais ces autorités instituées par Dieu ne font pas et ne doivent pas faire partie de l’Église. De plus, la révélation spéciale à l’Église entière est maintenant finie (Hb 1.1-2, Jude 3). L’Église ne reçoit plus de nouvelles révélations. Ces facteurs mis ensemble assurent que rien comme la destruction des Canaanéens n’est commandée par Dieu ou n’est permise par son peuple aujourd’hui.

7. La destruction des Cananéens est une image du jugement final

À la fin des temps, Christ reviendra pour juger les morts et les vivants (Actes 10.42, 2 Tim 4.1, 1 Pi 4.5), rejetant définitivement ses ennemis du pays attendu et espéré par les chrétiens. Ce jugement sera juste, complet et définitif. C’est le jour où Christ paraîtra avec les anges puissants, « au milieu d’une flamme de feu, pour punir ceux qui ne connaissent pas Dieu et ceux qui n’obéissent pas à l’Évangile de notre Seigneur Jésus. Ils auront pour juste châtiment une ruine éternelle, loin de la face du Seigneur et de la gloire de sa force » (2 Thess 1.8-9).
L’ordre de détruire les peuples Cananéens est une préfiguration du jugement final.

Si on lit les pages de Josué dans cette perspective, elles ne deviennent plus « une objection à laquelle il faut répondre » mais un appel puissant lancé aux hommes à se détourner de leurs fautes et à se tourner pour servir le Dieu vivant et vrai en acceptant Christ comme substitut (1 Thess 1.9-10). En effet, Jésus a déjà souffert le jugement que nous devrions subir. Du point de vue de Dieu, nous sommes comme les Cananéens rebelles méritant la colère omnipotente de Dieu. Mais il y a 2000 ans, alors qu’il était innocent, Jésus a été moqué, humilié, torturé et tué sur une immonde croix. La colère de Dieu est tombée sur lui. L’innocent est devenu le Cananéen rebelle pour que nous puissions obtenir le pardon de Dieu et ne pas tomber sous sa condamnation lors du jugement final (Jn 3.36).

Cet article est une adaptation libre et partielle de How Could God Command Genocide in The Old Testament de Justin Taylor.

Comment Dieu peut-il commander des génocides dans l’Ancien Testament ? (2)

par Aurelien Lang

La dernière fois, nous avons vu qu’en tant que Créateur de l’univers, Dieu a des droits absolus sur toute sa création (Partie 1).

2. Dieu n’est pas seulement le Créateur, maître, et propriétaire de toutes choses, il est aussi juste dans tout ce qu’il fait.

Un jour, le patriarche Abraham posa à Dieu la même question que nous nous posons : « Celui qui juge toute la terre n’appliquera-t-il pas le droit ? » (Gen 18.25). La réponse évidente est : « Biensûr ! » De même, l’apôtre Paul demande : « Dieu est-il injuste ? » et s’empresse de répondre : « Certainement pas ! » La Bible met l’accent sur la justice de Dieu (Dt 32.4). D’un point de vue biblique, Dieu est juste !
Cependant, dans notre culture, il est courant de demander si ce que Dieu fait est juste ou non. De nos jours, on aimerait que Dieu aille sur le banc des accusés. Mais si on réfléchit un instant, le simple fait de se poser la question présuppose que nous sommes les juges : nous jugeons Dieu. Dieu doit se conformer à notre sens de la justice. S’il passe le test, alors il est bon, mais s’il ne passe pas, nous serons déçus par lui et commencerons à l’accuser. Fadaise !
Deutéronome 32.4 affirme : « toutes ses voies sont justes » par définition. Dans toutes ses actions, Dieu est juste. Penser l’inverse est pure arrogance. L’homme n’est pas la mesure de toutes choses.
Cependant, cela n’empêche pas un questionnement humble et une recherche qui a pour but une meilleure compréhension du plan de Dieu. S’il n’est pas légitime de se demander si les voies de Dieu sont justes, il est tout à fait approprié et édifiant de chercher à comprendre en quoi ses voies sont justes.

3. Nous méritons tous d’être jugés par Dieu et aucun de nous ne mérite sa grâce.

Comme noté ci-dessus, Dieu est absolument juste dans tout ce qu’il fait. La seule chose que nous méritions de Dieu, c’est la condamnation. Nous avons tous enfreint sa loi, nous nous sommes rebellés contre lui et ses voies. Sa justice divine requiert que nous recevions une punition divine en proportion de notre infraction. Si Dieu fait grâce, c’est son plaisir, mais il n’est pas nécessaire qu’il nous fasse grâce.
Il faut aussi noter que dans l’histoire biblique, quand Dieu exerce sa justice sur quelqu’un, c’est souvent pour faire grâce à quelqu’un d’autre. Par exemple, le déluge était le jugement exercé sur le monde mais Dieu a fait grâce à Noé, les dix plaies d’Égypte étaient un jugement de Dieu contre Pharaon mais une grâce pour le peuple hébreu… De même, la destruction des Cananéens était un acte de grâce en faveur d’Israël.

à suivre …

Cet article est une adaptation libre et partielle de How Could God Command Genocide in The Old Testament de Justin Taylor.

Comment Dieu peut-il commander des génocides dans l’Ancien Testament ? (1)

par Aurelien Lang

La question est lâchée…
Elle se rapporte au génocide du livre de Josué quand Dieu commande la destruction des Cananéens pour occuper la Terre Promise. La question ne peut laisser personne indifférent. Que l’on soit chrétien ou non chrétien, il est difficile d’y répondre simplement. La réponse que nous y apporterons informera notre compréhension de la justice et de la grâce de Dieu.

Pendant un instant, supposons que Dieu soit effectivement immoral en ordonnant le massacre des Cananéens dans la Bible. Les conséquences doivent être explicitées. La personne qui condamne moralement Dieu reconnaît par conséquent l’existence d’actions morales (ou bonnes) et d’actions immorales (ou mauvaises). En d’autres termes, cette personne reconnaît l’existence d’un bien et d’un mal absolus. Sans cela, elle ne pourrait pas condamner moralement Dieu.
Or, si cette personne affirme qu’il existe des actes jugés moraux et immoraux, elle affirme par la même occasion l’existence d’une loi morale qui permet de distinguer entre ces deux catégories. Sans loi morale, il est impossible de distinguer entre le bien et le mal. Et qui dit loi morale, dit législateur moral. Aussi, ce législateur doit lui-même être absolu. Ce législateur est autrement appelé Dieu.
En résumé, toute personne qui questionne le caractère moral de Dieu affirme par la même occasion son existence. Ainsi, les atrocités commises par le peuple de Dieu dans l’Ancien Testament ne sont pas des arguments contre l’existence de Dieu. En clair, cette question ne peut pas être une objection à l’existence de Dieu.

Ça c’est pour l’aspect un peu philosophique de la question. Voyons maintenant l’aspect biblique.

Nous supposons que la question est en relation aux événements qui se déroulent dans le livre de Josué quand Dieu commande à Israël de détruire les Cananéens dans le but d’occuper la Terre Promise. Dieu ordonne la destruction totale de ce peuple. Il demande à son peuple d’exercer un jugement contre ses ennemis (Dt 7.1-2, 16, 23).1
Avant de répondre à la question, il nous faut explorer ce que dit la Bible dans son ensemble au sujet de la justice et de la grâce de Dieu.


1. En tant que Créateur de l’univers, Dieu a des droits absolus sur toute sa création.

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » (Gen 1.1) « et la mer et tout ce qui s’y trouve » (Act 14.15). Pour la Bible, « C’est à l’Éternel qu’appartient la terre avec tout ce qu’elle contient, le monde avec tous ceux qui l’habitent. » (Ps 24.1). Dieu dit : « toute la terre m’appartient » (Ex 19.5) et « tous les animaux des forêts sont à moi, … ». Le fait que toutes choses appartiennent à Dieu signifie qu’il est libre d’en faire ce qu’il veut : « Notre Dieu est dans les cieux, et il fait ce qu’il veut. » (Psaume 115.3). Dans sa divine providence, Dieu « a fait en sorte que tous les peuples, issus d’un seul homme, habitent sur toute la surface de la terre, et il a déterminé la durée des temps et les limites de leur habitation. » (Actes 17.26) et il possède un droit sur toutes les vies humaines (Ezéchiel 18.4). Dieu a des prérogatives divines et personne ne peut lui dire « Que fais-tu ? » (Job 9.12 cf Rom 9.19-20).

à suivre …

Cet article est une adaptation libre et partielle de How Could God Command Genocide in The Old Testament de Justin Taylor.


1- Par ailleurs, dans un souci de clarté et d’accessibilité, nous excluons a priori la perspective libérale qui défend la thèse de la non-historicité des événements.