Alvin Plantinga est un philosophe analytique américain, professeur émérite de l’Université de Notre-Dame (titulaire de la chaire John A. O’Brien). Connu pour ses travaux dans les domaines de la philosophie de la religion, de l’épistémologie, de la métaphysique et de l’apologétique chrétienne, il est l’auteur de plusieurs articles publiés dans revues spécialisées (Journal of Philosophical Research, Journal of Philosophy, Philosophical Studies) ainsi que de plusieurs ouvrages, dont The nature of necessity (Oxford University Press, 1974) et Warranted Christian Belief (Oxford University Press, 2000).
Question 1 : Alvin Plantinga, diriez-vous que vous avez commis un suicide intellectuel quand vous êtes devenu chrétien ?
Absolument pas. La foi chrétienne est parfaitement cohérente, et les arguments avancés par ceux qui pensent le contraire sont extrêmement faibles.
Question 2 : Quelles questions vous ont particulièrement touché dans votre cheminement ? Comment en êtes-vous venu à accepter Jésus-Christ comme votre Sauveur personnel ? Y a-t-il eu des arguments qui ont joué un rôle particulier dans votre conversion ?
Les arguments n’ont pas vraiment joué un rôle particulier, si ce n’est en tant que réponses à des arguments censés miner la foi chrétienne. Dans mon cas, ce fut davantage une question d’expérience que d’argument. En ce sens ma foi est semblable à la croyance dans le passé, dans l’existence d’autres esprits, et dans un monde extérieur.
Question 3 : Avez-vous l’impression, ou avez-vous eu l’impression que votre foi entrait en conflit avec vos études, votre domaine de recherche ?
Non, il n’y a pas conflit entre mes domaines de recherche (métaphysique, épistémologie, philosophie de la religion, religion et science) et ma foi chrétienne. Ce serait même plutôt le contraire : bien que ma foi ne soit pas fondée sur des arguments, il existe de solides arguments en faveur du théisme dans la métaphysique, et de bons arguments contre le naturalisme dans l’épistémologie.
Question 4 : Quel message aimeriez-vous adresser aux français(es) qui lisent cette interview ?
Je pense que mon message principal serait que les affirmations selon lesquelles la foi chrétienne serait en train de s’effacer au profit de la science moderne sont largement exagérées. Il n’y a rien dans la science contemporaine qui s’oppose à la foi chrétienne. Par exemple, la théorie actuelle de l’évolution est entièrement compatible avec la foi chrétienne ; l’évolution « aveugle » ne l’est pas, mais cette notion ne fait pas partie de la théorie en tant que telle : c’est un ajout métaphysique ou théologique. Je dirais également que certains livres des soi-disants « nouveaux athées » sont, s’ils sont lus comme étant des raisons de rejetter la foi en Dieu, extraordinairement faibles. C’est particulièrement le cas de Pour en finir avec Dieu de Richard Dawkins, dont l’argumentation est, au mieux, prétentieuse et naïve.




