Le dernier des quatre arguments théistes « classiques » part du constat de l’existence d’une conscience morale innée, et pose la question de l’origine de cette conscience.
Dans le roman de Fédor Dostoïevski, l’un des frères Karamazov pose la question de la manière suivante : « Mais alors, que deviendra l’homme, sans Dieu et sans immortalité ? Tout est permis, par conséquent, tout est licite ? ».
L’Homme peut-il être bon sans Dieu ?
La question n’est pas de savoir s’il faut croire en Dieu pour avoir un comportement qualifié de « moral » – la réponse nous paraît évidente – mais plutôt de savoir s’il existe des valeurs morales dites objectives, qui demeurent vraies sans que la culture ou les opinions personnelles n’influent sur leur véracité.
On pourrait formuler l’argument moral de la manière suivante :
1. Si Dieu n’existe pas, les valeurs morales objectives n’existent pas.
2. Les valeurs morales objectives existent.
3. Ainsi, Dieu existe.
Certains éthiciens et scientifiques expliquent que notre conscience morale n’a pas d’origine transcendentale, mais qu’elle peut s’expliquer par l’évolution socio-biologique : « La position de l’évolutionniste moderne … est que les humains ont une conscience de la moralité … parce qu’une telle conscience a un intérêt biologique. La moralité est une adaptation biologique au même titre que les mains, les pieds et les dents … Considérée comme une série rationnellement justifiable d’affirmations portant sur quelque chose d’objectif, l’éthique est une illusion. Je suis sensible au fait que quand quelqu’un dit ‘Aime ton prochain comme toi-même’, il pense se référer à quelque chose au-dessus et au-delà de lui-même … Néanmoins, … une telle référence est vraiment sans fondement. La moralité est juste une aide à la survie et à la reproduction, … et toute signification plus profonde est illusoire. »
Pour répondre à cette explication naturaliste de la moralité, certains défenseurs d’une origine transcendantale de cette moralité soulèvent la question suivante : comment expliquer l’existence de comportements altruistes chez les êtres vivants, si notre conscience morale s’est développée par des processus de sélection naturelle ?
Dans sa Critique de la raison pratique, Emmanuel Kant développe la notion d’impératif catégorique. L’Homme « sent » qu’une action est bonne, et qu’il doit l’accomplir par respect pour la loi morale, sans tenir compte de son résultat ni de son intérêt personnel. C’est ce « sens du devoir » que Kant appelle impératif catégorique. Selon lui, trois principes, qu’il nomme postulats de la raison pratique, sont nécessaires à l’exercice de la loi morale : la liberté, l’immortalité de l’âme et l’existence de Dieu.
L’argument moral, en partant de l’existence de la loi morale, pointe vers l’existence d’un « législateur ».
Pour conclure cette série, nous aimerions poser la question suivante : quel est l’intérêt de tels arguments ? Nous avons en effet vu que l’ensemble des arguments ne prouve en rien l’existence de Dieu, raison pour laquelle il nous semble plus approprié de parler d’arguments que de preuves.
Nous pensons cependant que ces arguments peuvent montrer qu’il n’est pas irrationnel de croire en l’existence de Dieu. Plutôt que de fournir des raisons de croire, ces arguments peuvent – peut-être – donner des raisons en moins de ne pas croire !
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- DOSTOïEVSKI Fédor, Les frères Karamazov, Folio Classique, Paris, 1994, p. 740.
- RUSE Michael, « Evolutionnary Theory and Christian Ethics », in The Darwinian Paradigm (London : Routledge, 1989), p. 262, 268-269), traduction libre.
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