Prochaine série : à vous de jouer !

Jonathan Kitt

Pour la prochaine série d’articles, qui aura pour thème Objections à la foi chrétienne, nous allons vous mettre à contribution !

Que vous soyez croyants ou non, vous avez sans doute des « questions qui tuent » concernant la foi chrétienne. Que vous vous soyez posé ces questions, que vous vous les posiez actuellement, ou que vous ayez entendu ces questions lors de discussions, faites-nous en part dans un commentaire.

Nous laisserons ce sondage ouvert jusqu’au lundi 28 mars, et aborderons le Top 10 des questions posées.

Les auteurs.

Citation du dimanche: Simone Weil sur la connaissance et l’expérience

Aurelien Lang

« Le danger n’est pas que l’âme doute s’il y a ou non du pain, mais qu’elle se persuade par un mensonge qu’elle n’a pas faim. Elle ne peut se persuader que par un mensonge, car la réalité de sa faim n’est pas une croyance, c’est une certitude. »

Simone Weil, Attente de Dieu, Livre de vie n°129, Paris, Fayard, 1966, p. 209

Comment Dieu peut-il commander des génocides dans l’Ancien Testament ? (3)

Aurelien Lang

Voici la suite de notre réponse à la question: « comment Dieu peut-il commander des génocides dans l’Ancien Testament ? » Nous avons vu qu’en tant que Créateur de l’univers, Dieu a des droits absolus sur toute sa création (Partie 1), qu’il est aussi juste dans tout ce qu’il fait et que nous méritons tous d’être jugés par Dieu et aucun de nous ne mérite sa grâce (Partie 2).

4. Les Cananéens étaient ennemis de Dieu et méritaient d’être punis.

« Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » – « Aucun n’est juste, pas même un seul » – « le salaire du péché, c’est la mort » (Romains 3.23, 3.10, 6.23). Par conséquent, si Dieu avait détruit Adam et Eve après la rupture (cf. Genèse 2-3), cela aurait été parfaitement juste. Quand il a nettoyé la terre de plus de 99,99% des êtres humains, c’était parfaitement juste. Quand bien même Dieu détruirait toute l’humanité en un instant, il serait juste. C’est extrêmement dur, mais c’est la réalité. Aucun de nous ne mérite le paradis.
Quelquefois, on peut se tromper en pensant que Dieu voulait juste donner à son peuple un pays, et mettre dehors un peuple innocent qui était d’ores et déjà là. En réalité, les Cananéens étaient pleins d’iniquités et vraiment pourris. Au point qu’il est dit: c’est le pays qui les vomit (Lév. 18.25, Dt 9.5).
Tout ceci est consistent avec le fait que Dieu « venge le sang de ses serviteurs, Il se venge de ses adversaires, Et il fait l’expiation pour son pays, pour son peuple. » (Dt 32.43).

Il est aussi important de noter Dt 9.5 : « Non, ce n’est point à cause de ta justice et de la droiture de ton coeur que tu entres en possession de leur pays; mais c’est à cause de la méchanceté de ces nations que l’Éternel, ton Dieu, les chasse devant toi, … ». Et Dieu dit très précisément à Israël que s’il ne respecte pas sa loi, alors ils subiront le même destin (cf. Lv 18.28, Dt 28.25-68, Ex 22.20, Js 7.11-12, Ml 4.6). Dieu a fait une faveur à Israël en le choisissant (cf. Dt 7.6-9), mais ces menaces et promesses de punitions pour infidélité montrent qu’il est entièrement juste et cohérent.

5. Les actions de Dieu n’étaient pas un exemple d’éradication ethnique

Le Pentateuque (Genèse – Deutéronome) fournit des lois pour deux types de guerres : 1) Les batailles contre les villes hors de la Terre Promise (cf. Dt 20.10-15), et 2) les batailles contre les villes à l’intérieur de la Terre Promise (Dt 20.16-18).
Le premier type permet à Israël d’épargner les personnes ; le second type ne le permet pas. Cette pratique a pour signification la « dévotion / consécration à la destruction ». En tant qu’acte sacré remplissant la fonction de jugement divin, il est hors de notre propre catégorie de pensée au sujet des guerres. Bien que la destruction soit commandée en terme de totalité, il semble qu’il y ait eu une exception pour ceux qui se repentirent, et se tournèrent pour servir le Dieu vrai et vivant comme Rahab et sa famille (Jo 2.9) et les Gabaonites (Jo 11.19). La raison de la destruction des ennemis de Dieu était précisément la rébellion et l’accomplissement de son plan. C’est très important : il ne s’agit pas d’un nettoyage ethnique ! En effet, s’il s’agissait d’un génocide ethnique, ce serait une catégorie inappropriée pour la destruction des Cananéens.

à suivre …


Cet article est une adaptation libre et partielle de How Could God Command Genocide in The Old Testament de Justin Taylor.

Sommaire: Toutes les religions mènent-elles à Dieu ?

Aurelien Lang

- Toutes les religions mènent-elles à Dieu ? (Partie 1)
- Toutes les religions mènent-elles à Dieu ? (Partie 2)
- Toutes les religions mènent-elles à Dieu ? (Partie 3)

Crédit photo: Religion by Artful Magpie

Citation du dimanche: Anthony Giddens sur la religion

Aurelien Lang

Premièrement, la religion ne devrait pas être confondue avec le monothéisme (…). La plupart des religions comprennent plusieurs divinités (…). Dans certaines religions, il n’y a même pas de dieu. Deuxièmement, la religion ne devrait pas être confondue avec les prescriptions morales qui régulent le comportement des croyants (…). Troisièmement, la religion ne se préoccupe pas nécessairement d’expliquer les origines du monde (…). Quatrièmement, la religion ne peut être confondue avec le surnaturel, comme si elle impliquait intrinséquement l’idée de l’existence d’un univers « par-delà le domaine des sens ».

Anthony Giddens, sociologue de l’université de Cambridge, Sociology, Oxford, Polity Press, 1989, p. 452.

Les arguments théistes (4) – Argument moral

Jonathan Kitt

Le dernier des quatre arguments théistes « classiques » part du constat de l’existence d’une conscience morale innée, et pose la question de l’origine de cette conscience.

Dans le roman de Fédor Dostoïevski, l’un des frères Karamazov pose la question de la manière suivante : « Mais alors, que deviendra l’homme, sans Dieu et sans immortalité ? Tout est permis, par conséquent, tout est licite ? »1.

L’Homme peut-il être bon sans Dieu ?
La question n’est pas de savoir s’il faut croire en Dieu pour avoir un comportement qualifié de « moral » – la réponse nous paraît évidente – mais plutôt de savoir s’il existe des valeurs morales dites objectives, qui demeurent vraies sans que la culture ou les opinions personnelles n’influent sur leur véracité.

On pourrait formuler l’argument moral de la manière suivante :
1. Si Dieu n’existe pas, les valeurs morales objectives n’existent pas.
2. Les valeurs morales objectives existent.
3. Ainsi, Dieu existe.

Certains éthiciens et scientifiques expliquent que notre conscience morale n’a pas d’origine transcendentale, mais qu’elle peut s’expliquer par l’évolution socio-biologique : « La position de l’évolutionniste moderne … est que les humains ont une conscience de la moralité … parce qu’une telle conscience a un intérêt biologique. La moralité est une adaptation biologique au même titre que les mains, les pieds et les dents … Considérée comme une série rationnellement justifiable d’affirmations portant sur quelque chose d’objectif, l’éthique est une illusion. Je suis sensible au fait que quand quelqu’un dit ‘Aime ton prochain comme toi-même’, il pense se référer à quelque chose au-dessus et au-delà de lui-même … Néanmoins, … une telle référence est vraiment sans fondement. La moralité est juste une aide à la survie et à la reproduction, … et toute signification plus profonde est illusoire. »2

Pour répondre à cette explication naturaliste de la moralité, certains défenseurs d’une origine transcendantale de cette moralité soulèvent la question suivante : comment expliquer l’existence de comportements altruistes chez les êtres vivants, si notre conscience morale s’est développée par des processus de sélection naturelle ?

Dans sa Critique de la raison pratique, Emmanuel Kant développe la notion d’impératif catégorique. L’Homme « sent » qu’une action est bonne, et qu’il doit l’accomplir par respect pour la loi morale, sans tenir compte de son résultat ni de son intérêt personnel. C’est ce « sens du devoir » que Kant appelle impératif catégorique. Selon lui, trois principes, qu’il nomme postulats de la raison pratique, sont nécessaires à l’exercice de la loi morale : la liberté, l’immortalité de l’âme et l’existence de Dieu.

L’argument moral, en partant de l’existence de la loi morale, pointe vers l’existence d’un « législateur ».

Pour conclure cette série, nous aimerions poser la question suivante : quel est l’intérêt de tels arguments ? Nous avons en effet vu que l’ensemble des arguments ne prouve en rien l’existence de Dieu, raison pour laquelle il nous semble plus approprié de parler d’arguments que de preuves.
Nous pensons cependant que ces arguments peuvent montrer qu’il n’est pas irrationnel de croire en l’existence de Dieu. Plutôt que de fournir des raisons de croire, ces arguments peuvent – peut-être – donner des raisons en moins de ne pas croire !


1- DOSTOïEVSKI Fédor, Les frères Karamazov, Folio Classique, Paris, 1994, p. 740.
2- RUSE Michael, « Evolutionnary Theory and Christian Ethics », in The Darwinian Paradigm (London : Routledge, 1989), p. 262, 268-269), traduction libre.

Citation du dimanche: C.S. Lewis sur l’impossibilité de prouver l’existence Dieu par la science

Aurelien Lang

S’il existait hors de la nature une puissance régissant tout, elle ne pourrait se révéler à nous comme l’un des faits au sein de l’univers – pas plus que l’architecte d’une maison ne saurait être un mur, un escalier ou le foyer de cette demeure qu’il aurait conçu.

C.S. Lewis, Les fondements du Christianisme,Valence, Éditions LLB, 20066, p.40