Citation du dimanche : Richard Dawkins sur Dieu

Jonathan Kitt

« On peut dire que, de toutes les oeuvres de fiction, le Dieu de la Bible est le personnage le plus déplaisant : jaloux et fier de l’être, il est impitoyable, injuste et tracassier dans son obsession de tout régenter; adepte du nettoyage ethnique, c’est un revanchard assoifé de sang; tyran lunatique et malveillant, ce misogyne homophobe, raciste, pestilentiel, mégalomane et sadomasochiste pratique l’infanticide, le génocide et le « filicide ». »

- Richard Dawkins, Pour en finir avec Dieu, 2006, éd. Robert Laffont, 2008, p. 38.

Sommaire: Top 10

Aurelien Lang

Y a pas que la NBA qui a droit à un top 10, RDC aussi… Ce mois-ci, nous vous proposons un petit classement des articles les plus consultés sur RDC. C’est une occasion de découvrir ou de redécouvrir ces articles:

10. Le nouvel athéisme
9. Richard Dawkins fait une concession
8. Einstein et le problème du mal
7. Résurrection : Les faits historiques 1/2
6. Dialogue avec un sceptique : 4 preuves que souhaitent un athée pour croire en l’existence de Dieu…
5. Pourquoi le débat Création/Évolution est un terrain miné
4. Dieu existe-t-il ?
3. Science et religions sont-elles incompatibles ?
2. Le mythe « Jésus n’a jamais existé »
1. Peut-on démontrer l’existence de Dieu ?

Citation du dimanche : Emmanuel Kant sur la loi morale

Jonathan Kitt

« Deux choses remplissent mon esprit d’une admiration et d’un respect incessants : le ciel étoilé au dessus de moi et la loi morale en moi. »

- Emmanuel Kant, Critique de la raison pratique, 1788.

Les arguments théistes – (2) Argument cosmologique

Jonathan Kitt


Alors que l’argument ontologique cherche à établir l’existence de Dieu en partant de sa définition, l’argument cosmologique part de l’observation du monde pour en déduire l’existence de Dieu – il s’agit donc d’un argument a posteriori. L’argument, qui trouve son origine chez Platon et Aristote, a été défendu par des penseurs tels que Al-Ghazali, Thomas d’Aquin et Leibniz. Nous examinerons deux « versions » de l’argument cosmologique : l’argument tel qu’il est formulé par Thomas d’Aquin (1224-1274), et l’argument cosmologique dit du kalam.

Dans sa Somme Théologique, Thomas d’Aquin expose cinq voies qu’on peut emprunter pour démontrer l’existence de Dieu. Dans le cadre de l’argument cosmologique nous étudierons les trois premières voies1:
1. La voie par le mouvement : « Il est évident, nos sens nous l’attestent, que dans ce monde certaines choses se meuvent. Or , tout ce qui se meut est mû par un autre. [...] Il est nécessaire de parvenir à un moteur premier qui ne soit lui-même mû par aucun autre, et un tel être, tout le monde comprend que c’est Dieu. »
2. La voie par la cause : « Il y a un ordre entre les causes efficientes. [...] Si l’on devait monter à l’infini dans la série des causes efficientes, il n’y aurait pas de cause première. [...] Il faut donc nécessairement affirmer qu’il existe une cause efficiente première, que tous appellent Dieu. »
3. La voie par la contingence : « Certaines choses naissent et disparaissent, et par conséquent ont la possibilité d’exister et de ne pas exister. [...] On est donc contraint d’affirmer l’existence d’un Être nécessaire par lui-même, qui ne tire pas d’ailleurs sa nécessité, mais qui est cause de la nécessité que l’on trouve hors de lui, et que tous appellent Dieu. »2

Thomas d’Aquin s’appuie en particulier sur la notion de l’impossibilité de régression infinie de causes, notion qui soulève un certain nombre de questions.
La voie par le mouvement, par exemple, postule l’existence nécessaire d’un premier moteur non-mû, sans que cette existence ne puisse être démontrée autrement que par le raisonnement.
Et pourquoi cet argument mènerait-il à l’existence d’un Dieu unique ? Dieu, s’Il existe, n’aurait-Il pas simplement « remonté l’horloge » de l’univers ?

L’argument cosmologique dit du kalam3, qui nous vient de la philosophie médiévale arabe, insiste lui aussi sur la notion de causalité.On peut formaliser cet argument de la manière suivante :

1. Tout ce qui commence à exister a une cause.
2. L’univers a commencé à exister.
3. Ainsi, l’univers a une cause.

La théorie du Big Bang, stipulant l’origine de l’univers dans une « singularité » et infirmant la notion d’éternité de l’univers, a donné une vitalité nouvelle à cette formulation de l’argument cosmologique, en fournissant à la seconde prémisse un fondement scientifique.


1- Les quatrième et cinquième voies se rapportent respectivement à l’argument moral et à l’argument téléologique.
2- Somme théologique, Partie Ia, Question 2 – L’existence de Dieu; Article 3 – Dieu existe-t-il ?
3- Terme arabe traduit par discours.

Comment Dieu peut-il commander des génocides dans l’Ancien Testament ? (1)

Aurelien Lang

La question est lâchée…
Elle se rapporte au génocide du livre de Josué quand Dieu commande la destruction des Cananéens pour occuper la Terre Promise. La question ne peut laisser personne indifférent. Que l’on soit chrétien ou non chrétien, il est difficile d’y répondre simplement. La réponse que nous y apporterons informera notre compréhension de la justice et de la grâce de Dieu.

Pendant un instant, supposons que Dieu soit effectivement immoral en ordonnant le massacre des Cananéens dans la Bible. Les conséquences doivent être explicitées. La personne qui condamne moralement Dieu reconnaît par conséquent l’existence d’actions morales (ou bonnes) et d’actions immorales (ou mauvaises). En d’autres termes, cette personne reconnaît l’existence d’un bien et d’un mal absolus. Sans cela, elle ne pourrait pas condamner moralement Dieu.
Or, si cette personne affirme qu’il existe des actes jugés moraux et immoraux, elle affirme par la même occasion l’existence d’une loi morale qui permet de distinguer entre ces deux catégories. Sans loi morale, il est impossible de distinguer entre le bien et le mal. Et qui dit loi morale, dit législateur moral. Aussi, ce législateur doit lui-même être absolu. Ce législateur est autrement appelé Dieu.
En résumé, toute personne qui questionne le caractère moral de Dieu affirme par la même occasion son existence. Ainsi, les atrocités commises par le peuple de Dieu dans l’Ancien Testament ne sont pas des arguments contre l’existence de Dieu. En clair, cette question ne peut pas être une objection à l’existence de Dieu.

Ça c’est pour l’aspect un peu philosophique de la question. Voyons maintenant l’aspect biblique.

Nous supposons que la question est en relation aux événements qui se déroulent dans le livre de Josué quand Dieu commande à Israël de détruire les Cananéens dans le but d’occuper la Terre Promise. Dieu ordonne la destruction totale de ce peuple. Il demande à son peuple d’exercer un jugement contre ses ennemis (Dt 7.1-2, 16, 23).1
Avant de répondre à la question, il nous faut explorer ce que dit la Bible dans son ensemble au sujet de la justice et de la grâce de Dieu.


1. En tant que Créateur de l’univers, Dieu a des droits absolus sur toute sa création.

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » (Gen 1.1) « et la mer et tout ce qui s’y trouve » (Act 14.15). Pour la Bible, « C’est à l’Éternel qu’appartient la terre avec tout ce qu’elle contient, le monde avec tous ceux qui l’habitent. » (Ps 24.1). Dieu dit : « toute la terre m’appartient » (Ex 19.5) et « tous les animaux des forêts sont à moi, … ». Le fait que toutes choses appartiennent à Dieu signifie qu’il est libre d’en faire ce qu’il veut : « Notre Dieu est dans les cieux, et il fait ce qu’il veut. » (Psaume 115.3). Dans sa divine providence, Dieu « a fait en sorte que tous les peuples, issus d’un seul homme, habitent sur toute la surface de la terre, et il a déterminé la durée des temps et les limites de leur habitation. » (Actes 17.26) et il possède un droit sur toutes les vies humaines (Ezéchiel 18.4). Dieu a des prérogatives divines et personne ne peut lui dire « Que fais-tu ? » (Job 9.12 cf Rom 9.19-20).

à suivre …

Cet article est une adaptation libre et partielle de How Could God Command Genocide in The Old Testament de Justin Taylor.


1- Par ailleurs, dans un souci de clarté et d’accessibilité, nous excluons a priori la perspective libérale qui défend la thèse de la non-historicité des événements.

Citation du dimanche : Erwin Schrödinger sur la science

Jonathan Kitt

« Je suis stupéfait de constater à quel point l’image scientifique du monde réel autour de moi est déficiente. Elle nous fournit quantité d’informations factuelles, ordonne toutes nos expériences de manière magnifiquement cohérente, mais elle est horriblement silencieuse quant à toute cette diversité de choses qui nous tiennent effectivement à cœur et qui nous importent réellement. Elle ne peut rien nous dire à propos du rouge et du bleu, de l’amer et du sucré, de la douleur physique et du plaisir physique ; elle ne connaît rien du beau et du laid, du bon ou du mauvais, de Dieu et de l’éternité. La science prétend parfois répondre à des questions dans ces domaines, mais les réponses sont très souvent si ridicules que nous ne sommes pas enclin à les prendre au sérieux. »

- Erwin Schrödinger, Nature and the Greeks, 1954.

5 choses que la science ne peut pas prouver …

Aurelien Lang

… Mais qui sont admises raisonnablement !

Un des grands mythes de ce siècle est que la science peut tout expliquer, tout démontrer et tout prouver. La science serait le meilleur moyen de connaître la vérité. Cependant, voici une liste de 5 choses qu’on ne peut pas prouver scientifiquement mais qu’aucun individu raisonnable ne remet en question.

1. La logique et les mathématiques ne peuvent pas être prouvées par la science. La science présuppose tout simplement leur existence. Essayer de prouver, par la science, la logique et les mathématiques, ce serait argumenter en cercle.

2. La vérité métaphysique selon laquelle il existe d’autres personnes autour de moi autre que moi, ou bien, que le monde extérieur est bien réel ne peut pas non plus être démontrée scientifiquement. À ce sujet, on raconte l’anecdote suivante. En classe de philosophie, un élève demande au professeur : « Monsieur, est-ce que j’existe ? » Le professeur interroge : « Qui m’a posé cette question ? » « C’est moi ! » répond l’élève. Le questionnement présuppose l’existence du sujet. Mais on ne peut pas le démontrer scientifiquement.

3. Les croyances éthiques échappent aussi à la science :
vous ne pouvez pas prouver par la science si les camps d’extermination à Auschwitz étaient l’expression du mal absolu ou si les actions pacifistes de Matmatah Gandhi étaient bonnes. Le bien et le mal sont des choses que nous admettons tout simplement.

4. Les jugements esthétiques ne sont pas non plus accessibles par la science. Ce qui est beau et esthétique ne peut être prouvé par la science. Aucun raisonnement scientifique ne pourra jamais démontré pourquoi la Joconde de Léonard de Vinci est une œuvre d’art et pourquoi le dessin que j’ai fait à 5 ans ne le sera jamais.

5. Enfin, de façon tout à fait remarquable, la science ne peut pas justifier la science elle-même.
La science repose sur un certain nombre d’axiomes qui ne sont pas pouvables comme la reproductibilité d’événements dans le temps : ce qui s’est passé dans le passé à un moment se reproduira dans le futur (dans les mêmes conditions). Ce n’est pas rien ! La science elle-même est donc assujettie à des « choses » qu’elle ne peut pas prouver.

Par conséquent, il y a un certain nombre de choses que nous admettons sans jamais pouvoir le démontrer scientifiquement. Le mythe que la science peut tout prouver, tout expliquer, tout démontrer est donc bel est bien une fable ! Devrions-nous abandonner la science ? Je ne crois pas. Nous avons de bonnes raisons de penser que la science explique bien le monde tel qu’il est vraiment. La correspondance entre le monde réel et les modèles scientifiques nous donnent une bonne indication de la justesse de la science. Croire en la science n’est pas irrationnel.
De même, l’existence de Dieu ne peut pas être prouvée scientifiquement. Cependant, admettre son existence permet d’expliquer la réalité telle qu’elle est vraiment dans toute sa richesse et sa complexité. L’existence de Dieu donne du sens à la réalité que nous observons. Croire en Dieu n’est pas irrationnel.